LA TOTALNITÉ
Essai sur la négation de la mère
NB. Les concepts en italiques relèvent de La pensée corps (Éditions des Femmes) et ceux en capitales des livres postérieurs.
Penser la fusion, c’est penser le cordon ombilical et le placenta, dénommé autrefois arrière faix, d’un nom qui s’est malencontreusement perdu avec et comme celui de la parturition, car ils permettaient tous les deux d’en comprendre l’importance et le poids, et de garder trace de la trace dans la mémoire.
C’est a priori et jusqu’à plus ample connaissance d’une médecine et d’une philosophie enfin réconciliées, l’univers d’avant le manque et/ou le désir. Une notion telle que la frustration n’y est pas pertinente, parce que le besoin lui-même et a fortiori sa mise en forme distancé de désir, n’a pas encore eu la possibilité de se faire jour.
Et pour cause… C’est encore la nuit matricielle, le temps d’avant la création du monde, fût ce un monde local. Et il l’est, puisque c’est celui de chaque existence individuelle.
Si la vie du nourrisson est primaire, principale, primordiale, celle du fœtus échappe encore pour le moment à la langue, la rejetant dans ce qu’on appelle, faute de mieux, faute de littérature surtout, l’innommable.
Ce qui relie la mère et l’enfant, bien que complexe et multiple, est un lien unique qui les rattache physiquement l’un à l’autre et ne laisse aucun espace, aucun vide, aucune cavité dans laquelle quelque chose de l’ordre du besoin et/ou du désir pourrait prendre place.
Un lien unique, au sens d’unicité.
L’univers matriciel fonctionne sans vide ni espace, comme une totalité fermée, même si cette fermeture peut à tout moment cesser, soit à terme par la parturition, pour continuer la métamorphose engagée lors de la conception, soit lors d’une fausse couche qui porte si bien son nom, laissant ainsi trace de l’inaccomplissement de la fonction.
Ou ne laissant pas même de trace.
Pour l’homme masculin, et cette formulation n’est pas un pléonasme, car si l’humanité est universelle en tant qu’espèce, tant sur le plan physiologique que philosophique, il y a deux sexes, chacun donnant réalité à l’autre, car il y en a deux ou pas du tout.
Pour l’homme masculin donc – est-on obligé de préciser - car la coutume a fait couvrir du nom d’homme les deux sexes, dans une pratique étrange, car à y réfléchir, s’il fallait attribuer à l’un des deux sexes la lourde charge de représenter les deux, ce fardeau reviendrait plutôt au sexe féminin, car la mère est capable d’en enfanter les deux, portant dans son ventre aussi bien des corps masculins que féminins.
On répondra avec justesse et justice que c’est l’homme qui par ses gamètes détermine le sexe de l’enfant et qu’on pourrait donc tout aussi bien le faire bénéficier du même raisonnement. Soit.
Ce serait faire bon marché du fait que la femme seule peut allaiter naturellement l’enfant, et que socialement, c’est encore elle qui s’en occupe principalement.
Pour l’homme masculin donc, la perte de cette fusion lors de la parturition, est une perte irrémédiable, non seulement parce qu’en dépit des fantasmes, elle est irréversible, mais parce qu’elle divise le temps entre un avant la fusion et un après.
Cette banalité ne l’est pas autant qu’il paraît, car ce n’est pas le cas pour la femme, qu’on peut en poursuivant la même terminologie logique, appeler l’homme féminin.
Ce terme s’inventant pour prendre en compte à la fois son caractère d’humanité universelle et aussi sa différence sexuelle, sans la laisser abolir à la faveur défaveur de la domination masculine, solidement ancrée dans ce qu’on persiste à appeler la civilisation, reléguant ainsi la question des femmes aux oubliettes de la philosophie et du reste qui en découle : Economie, société, violence.
Sans parler du ou de la politique.
Pour la femme, la perte de la fusion due à la parturition, n’est pas aussi radicale, et encore moins irrémédiable, car lorsqu’elle devient mère à son tour, ce qui sans être une obligation est tout de même une habitude, elle retrouve même dans une autre posture, au moins lors de sa gravidité, la situation fusionnelle, sa gravité et sa gravitation.
Et qu’advient-il alors lorsqu’elle a gesté et enfanté une fille qui à son tour pourra reproduire le lien ombilical, la fusion devenant ainsi aussi bien un futur qu’un passé, la différence sexuelle de l’enfant féminin n’assurant même pas la distanciation minimum qu’aurait permis un enfant masculin ?
Et encore ce n’est pas sûr, car l’enfantement d’un enfant masculin par un corps féminin peut tout aussi bien produire un effet de complémentarité, qui lui aussi, mais par un autre processus, pousserait à s’enfermer dans la fusion.
Car la fusion peut se faire par l’identification, la similarité, la mêmeté, comme elle peut se faire par la complémentarité. D’où la nécessité d’inventer cette notion, le mot mêmeté pour dire le recouvrement parfait.
Faut-il alors admettre, qu’en dépit de ces réflexions, la coupure entre un avant et un après irréversible de la fusion, n’est pas pour l’univers mental de l’homme féminin, c’est à dire finalement la femme, un ordonnancement pertinent ? Au moins philosophiquement parlant, même si les dites femmes sont dans la réalité sociale dans l’obligation de se soumettre à cet ordre quitte à en tomber malades, ce qu’elles ne manquent pas de faire, sous des formes diverses.
Cet ordre mental n’est pas pertinent, non seulement pour les mères de filles en raison du risque fusionnel induit par la similarité, mais également pour les mères de garçons, la fusion menaçant alors par la complémentarité, tout aussi redoutable - si ce n’est davantage - dans une organisation psychosociale, qui non seulement ne lui fait aucune place, mais la rejetant dans l’innommable va, sans avoir besoin même de la dénier, jusqu’à l’ignorer.
Le concept de maternalité pourrait recouvrir ce qui concerne l’univers de la mère non seulement dans son aspect d’enfantement, ce qu’on appelle habituellement la maternité, et qui n’est pas tout à fait la même chose, mais tout l’univers mental s’y rapportant, y compris la gestation non représentable par le sujet féminin dans notre système philosophique en vigueur, mais également toutes les modifications physiques, psychiques, sociales et culturelles induites dans la vie de la mère du fait de la dite maternité.
Dans cette définition, mathématiquement parlant, la maternité est un sous ensemble de la maternalité.
Cet élargissement du concept est rendu nécessaire pour
passer outre l’enfermement philosophique de l’ontologie classique occidentale,
inadéquat pour penser le monde de
La rejeter à son pourtour et la lui soumettre, car c’est finalement la machine qui décide. Pour raison technique. C’est la raison machinique, la raison pratique. Comme celle d’une suite mathématique, qu’elle soit arithmétique ou géométrique, l’essentiel étant que cela suive toujours selon la même progression. Logique raisonnable de la croissance, il s’agit exclusivement de continuer à la même allure.
C’est l’idée du progrès qui n’a d’autres projets que de continuer à avancer. Et il serait faux de croire que le progrès a une idéologie progressiste. Paradoxe sémantique. Le progrès est de l’ordre de la suite mathématique et n’inclut pas nécessairement une vision progressiste des sciences sociales.
C’est que notre système philosophique classique, et il faut désormais - au vu de la nouvelle révolution technique - admettre son commencement d’obsolescence, se pense en termes de HORS, un hors qui permet pour le meilleur et pour le pire de tenir la mère à distance, en s’en situant HORS. Au sens de AU DEHORS, c’est à dire avec justesse, comme étant né ou née.
Et tant pis si ce HORS qui structure ensuite toute l’ontologie classique l’élimine, elle la mère, la source.
Sans doute jusque là n’a-t-on philosophiquement pas pu mieux
faire. A moins que cela ait été économiquement et techniquement indispensable et
impensable dans le même mouvement ou - plutôt dans la même absence de pensée -
lorsqu’il a fallu conquérir
Dans la même absence de pensée, mais non dans l’absence de réflexion, elle toute entière consacrée - si ce mot n’est pas là, mal choisi - à accroître les subsistances. Après tout, cela n’est pas un but dérisoire. Loin de là.
La réflexion toute entière consacrée… Le mot n’est pas si mal choisi lorsqu’il s’agit de nourriture, c’est à dire de la vie même. La réflexion toute entière consacrée à la raison pratique.
Il faut ne pas se souvenir de la peur et de la faim dans le creux des cavernes pour considérer comme dérisoire, l’augmentation de la nourriture.
Et on peut comprendre que dans un contexte de terreur et de manque, il soit inopportun de regarder derrière soi, car l’enlisement d’une seule fois peut s’avérer mortel.
Mais en laissant de côté la mémoire de la fusion avec la mère, pour s’en penser une fois né(e) définitivement HORS, ce commencement de conscience qu’il serait prématuré d’appeler une âme, alors qu’il n’est qu’un souffle qui a peur et qui a faim, on prend le risque de confondre sa subjectivité avec l’objectivité.
Et ce risque là ne peut pas être évité, car à ce stade de la personne, de son développement personnel et historique, c’est la même chose.
Nécessité première de cette confusion première.
La matière animée du désir de survivre, se nommerait le souffle et encore pas même... Mémoire de la phrase mère formée dans les abîmes de la fusion.
La matière animée du désir de survivre, dans un premier temps, tout à l’effort de se situer HORS de la fusion, ne peut que confondre l’objectivité et la subjectivité, car pour devenir sujet elle est dans la nécessité provisoire et tragique de considérer l’autre comme un objet.
Et dans la nécessité de considérer l’autre comme un objet pour pouvoir s’en saisir et le dominer, le dominer et s’en saisir dans un mouvement et processus constant de vassalisation croissante jusqu’à la totale ingestion digestion, il est nécessaire de rompre ce qui rattache à lui, à peine de ne pas pouvoir aboutir.
La matière animée du désir de survivre, se nommerait le souffle, et encore pas même, car il fallu d’abord renoncer à se souvenir du stade placentaire.
Et pourtant….
Et pourtant comment ne pas s’en souvenir ?
Le stade placentaire est le stade fusionnaire, fusionné dans et en la précédance, le temps avant le temps, le lieu de l’absence de latence entre le besoin manque et sa satisfaction gratuite, sans fin ni limites, confondant les entrées et les sorties, les intrants et les extrants diraient les économistes, en un lien non réciproque, mais bijectif diraient les mathématiciens, dans lequel il n’y a ni sujet, ni objet.
Et encore même si ce n’est pas le tout premier état de la matière vivante, cela est déjà au moins un état précédant la structure ordonnancée du monde, celle qu’a pu aménager la conscience qui distingue l’âme et le souffle pour finir par y voir clair, et l’expression est d’autant plus éloquente qu’il s’agit d’émerger de la nuit de la matrice, et de celle pas si différente, de la caverne.
En tous cas de la cavité.
Dans le stade placentaire les intrants et les extrants empruntent le même cordon ombilical sinon les mêmes canaux aboutissant comme procédant tous les deux du même nombril du monde, car à ce stade là l’être, c’est le monde, lui et elle, lui et la caverne, la nuit matricielle et la grande soufflerie.
Et comment nommer alors ce qui ne peut être un projet car il est inorienté, confondant le sujet et l’objet se retournant constamment sur lui-même ? Dans ce monde inorienté, faute de projet, car cela serait plus que prématuré, ce qui tient lieu de projet, c’est l’ENJET.
L’ENJET, le projet dans un monde inorienté dont on ne se situe pas HORS, car on n’est pas encore né, mais EN la cavité maternelle, matricielle enfermé.
Ainsi L’ENJET renvoie il à un monde qui n’est pas celui de la projection et de la représentation structurée en termes de HORS le monde, mais fusionné et confusionné en termes de EN, là où la monade infirme ne s’est pas encore différenciée du monde, EN lequel elle est parce qu’elle se ressent encore mentalement comme non séparée de sa mère.
Dans la fusion encore en fusion, la monade est dans l’ENFUSION
La pensée femme, entendons par là une pensée spécifique permettant de prendre en compte non seulement l’expérience de l’être féminin, mais aussi le souci de lui donner les moyens de mettre en œuvre sa propre émancipation - non pour une libéralisation généralisée abolissant toutes les réglementations - mais pour son propre compte, n’est pas sans rapport avec ce stade fusionnel de nature et de mémoire prénatale.
Car si l’homme et la femme ont en commun d’avoir été gesté, seule la femme, elle a gesté.
La pensée femme, cette globalité ouverte infinie qui peut prendre en compte la maternalité, se souvient-elle de ce temps non seulement d’avant le langage, non seulement d’avant la lallation, mais du temps où la mère et l’enfant étaient en symbiose, l’un des corps englobant l’autre et la circulation entre les deux ayant lieu par un chemin unique, le cordon ombilical ?
Se regarder le nombril est plus qu’une expression, c’est la métaphore centrale du narcissisme.
La mémoire du fusionnel ombilical est-elle la source de la pulsion d’homogénéisation qui s’efforce de confondre les intrants et les extrants parce qu’apparemment, c’est du même lieu, du même lien que provient et la nourriture et le soulagement du déblaiement ?
Apparemment.
Cette parfaite indifférence entre ce que l’orthodoxie appelle le soi sujet et l’objet, ce branchement unique où n’intervient pas le temps, cette fiction d’autarcie reposant sur le déni de l’autrui, est-ce ce qui conforte le narcissisme ?
Dans le rapport avec ou à autrui, la part de l’être qui n’admet pas cet autrui, c’est la part fusionnelle. C’est la part du lien prénatal fondamental. Il est animé par le regret de la naissance comme une séparation sur laquelle on peut avoir envie de revenir.
Est-ce l’origine de la pulsion d'indifférenciation, ce fantasme fou de retourner dans la matrice, et d’être comme n’en étant jamais né(e) ?
Cette emplâtre d’homogénéisation que fabrique celui ou celle qui ne peut échapper à la prégnance fusionnelle du cordon ombilical, ce refus de naître au monde, du naître au monde, c’est à dire d’assumer le temps, la génération et les générations, est-ce la tentative éperdue et désespérée de refabriquer du placenta pour n’être pas séparé de cet endroit d’où vient à la fois et la nourriture et le dégagement ?
Cet emplâtre d’homogénéisation a-t-il lieu pour colmater la nostalgie de l’arrière faix, ce poids pesant de la mémoire de la fusion, si bien nommé ?
La situation du fœtus, sa satisfaction dans la matrice est-elle d’être comme étant seul au monde, tous ses besoins satisfaits dans l’ignorance non seulement de l’autre mais de l’idée même qu’il puisse y avoir de l’autre ? Et d’une certaine façon, seul au monde, il l’est !
D’une certaine façon, il est seul au monde. Si on comprend le monde comme une représentation de la nature.
L’économie de la vie placentaire, ce paradis de la fusion et la fusion paradisiaque, mais rien ne dit que la fusion soit heureuse, repose sur un organe qui est perdu ensuite et pour la mère et pour l’enfant. De cet organe - cordon et placenta - dans la culture occidentale, il n’est plus jamais question.
Et on s’y moque même de ces peuples primitifs qui en porte la mémoire en forme de lien sacré séché dans un petit sac autour du cou. Eux au moins ne la perde pas de vue et ne confondent pas ce qui pour pouvoir vivre, ne doit pas être confondu.
La part refoulée du lien avec la mère, c’est l’organe commun. Même si physiologiquement, ce n’est pas un organe commun, il l’est dans la mémoire de l’un et de l’autre et même d’autant plus que ce souvenir est scotomisée.
Il peut apparaître d’autant plus comme tel qu’il n’a pas de
lieu ni de forme, ni de statut pour se représenter. Cet organe perdu est dans
le défaut de représentation.
Pour la mère qui a du sécréter cet organe semblable à celui qui la reliait autrefois à sa propre mère à elle, et qu’elle a perdu, il y a au moins de la réminiscence, et dans certains cas lorsque la fusion et la confusion règnent en maîtresse faute d’avoir pu s’ordonnancer autrement, de la superposition.
L’opération faite alors autrefois dans l’inconscience de l’état néonatal, est refaite là, cette fois consciemment.
La locution arrière-faix nomme au moins en partie, cette chose commune et temporaire dont l’un et l’autre ont perdu la trace. Elle est nommée ainsi parce qu’elle suit l’enfant lors de la parturition. Mais l’époque précédente l’appelait aussi délivre.
Cette mêmeté, cette similarité, cette identité, c’est le lieu où la mère et l’enfant sont au même, sont le même, sont mêmes. Le même ou la même, c’est la question qu’il faudrait résoudre en explorant les angles morts du système philosophique, s’il était possible de lui inventer par référence aux mathématiques, la notion de zéro pour nommer un espace vide qui ne soit pas déjà occupé.
Un zéro philosophique qui jouerait le même rôle que celui des mathématiques.
La pièce qui manque dans le raisonnement, sinon dans la sensation, c’est cet arrière-faix qu’elle (la mère) et lui (le fœtus) ont en ou dans son corps à elle. Une création ressentie comme commune et temporaire. Dont le souvenir a été gardé sans la trace et qui flotte errant sous-jacent, cherchant un lieu pour s’inscrire.
Or il n’y en a pas, faute d’espace vide de la pensée.
Inventer le zéro philosophique, l’espace vide pour servir de point d’appui à de nouveaux raisonnements. Une cavité philosophique pour abriter la gestation, la gestion des idées nouvelles. Un espace au moins, un espace dans l’espace et non pas seulement dans la philosophie plane, comme il y a la géométrie plane.
Au stade placentaire, il y a confusion entre la bouche et l’anus dans le cordon placentaire. Pas dans la réalité physiologique car sinon cela ne fonctionnerait pas, mais dans la réalité symbolique. Et dans la réalité psychique, cette réalité là est bien réelle.
C’est une période qu’on peut, puisque la poésie en a fait son lieu d’élection, considéré cosmique et sidérale. Un lieu, un lien où la frustration, la séparation, le manque, et l’espoir de voir de ce fait même, cette souffrance prendre fin, sont inconnues.
Le passage de cette époque placentaire à l’oralité introduit la discontinuité ou du moins l’expérimentation du manque. Du manque d’hydratation de façon urgente et immédiate, bientôt de nourriture et presque aussi rapidement, bien que cela soit moins vital, de sécurité et de consolation.
Le manque de distraction aussi peut-être, car que sait-on de l’ennui des nourrissons, sans compter le besoin d’être avec d’autres, puisque l’espèce est grégaire.
Expérience funeste finalement que tout cela, car c’est pour
l’organisme vivant la menace de sa négation. La découverte de l’angoisse de
Certains, certaines s’en souviennent. De l’angoisse d’étouffement dans ce lieu sans lumière.
La pensée fœtale, la rêverie plutôt est celle d’un univers
matriciel excluant l’idée de la naissance en tant que séparation. C’est le
monde, au sens de représentation de l’existant, dans lequel la séparation ne
peut pas avoir lieu, elle est non représentable. Inreprésentable.
Du moins dans l’ontologie classique puisque celle ci repose sur son refoulement.
Le totalitarisme englobant fini, ce tissu psychique avant d’être conjoncturellement et historiquement, dramatiquement social, prend-il appui sur cette mémoire prénatale, ce bas-fond, ce double fonds, ce tréfonds, ce soubassement primordial qui était là dès le commencement ?
Le totalitarisme englobant fini cherche-t-il constamment et de manière automatique à fabriquer, refabriquer, fabriquer à nouveau de l’unité parce qu’il le fait sans douleur, cela étant le processus le plus solidement implanté ? Ainsi secrète t il en permanence, ce qui permet de revenir sur la séparation.
Faute de l’avoir véritablement expérimenté ou qu’on le leur ait avec constance enseigné - et les deux vont plus facilement ensemble - beaucoup n’ont l’idée ni de ce qu’est la vie ni de ce qu’est la mort, mais végètent seulement dans cette succion et ce machouillement têtatoire illimité dont ils croient qu’ils les relient au monde.
Et il les relient effectivement, faute de mieux...
Dans la pensée fœtale, sa rêverie plutôt, l’idée de séparation n’existe pas.
Dans la pensée logarchique, celle autour de laquelle est organisée la société d’ici, l’idée de la fusion est tout autant dans le défaut de représentation pour l’être existant, que pour le fœtus dans le ventre de sa mère, celle de la séparation. Dans un cas comme dans l’autre, il y a déficience de la prise en compte de l’autre moitié du monde.
Or la pensée qui rend compte de la nature du monde, fonctionne en articulant les deux principes de la fusion et de la séparation.
Et c’est la nuit et c’est le jour. Et c’est le UN et c’est le Deux. Jour unique.
La pensée fœtale, comme la pensée logarchique sont d’emblée dans des fictions imaginaires qui n’ont pas comme souci principal le poème, au sens où la poétique est l’art de l’aménagement de ce qui est.
Penser la fusion, cette nécessité pour comprendre le bouleversement globalitaire, c’est penser ce qui demeure en l’être et en la société organisée, de l’univers prénatal.
C’est penser aussi les conséquences que cela peut avoir dans son organisation propre, comme dans l’économie des liens avec autrui.
Ce que veut la mémoire du fœtus qui demeure au fond de l’être, c’est rétablir la fusion avec la mère ou quelque chose qui en tienne lieu, une proie, un gisement, une ressource quelconque. Car que quelqu’un en tienne lieu, en prenne la place, en soit le déplacement, est déjà bien plus élaboré que ce qu’il est possible de mettre en forme dans un système de pensée aussi régressé.
Et encore plutôt que la pensée vaudrait-il mieux parler d’un système d’affects et de pulsions, de sensations bien plus que de sentiments, et de besoins plus que de désirs. En tous cas des bribes qui dans le total chaos de l’organisation ne peuvent accéder à l’idée d’ordre, en tant que mise en place plutôt que commandement, et bien sûr encore moins à l’ordonnancement, cette forme parfaite qui pour les articuler, prend en compte les besoins de tous les autruis.
L’action fœtale, la pulsion fœtale, il faudrait mieux dire post-fœtale pour indiquer cette part qui perdure dans l’être au milieu d’autres composantes plus modernes, au sens de plus récentes et de mieux adaptées à la vie vivante en proie à la métamorphose, consiste à essayer de réduire la distance entre la bouche et ce qui sera perçu à tort comme un sein et un anus commun.
Le bouc émissaire permettra d’autant plus de remplir ces deux rôles qu’on l’aura distingué pour cette facilité particulière et qu’on tentera encore, pour plus de sécurité, de réduire la distance entre les deux.
Cette formidable régression psychologique, car cela en est une, a lieu lorsque la composante fœtale - sa perduration post-natale plutôt - de la psyche prend le pas sur les autres, par exemple parce que la désagrégation sociale a conjoncturellement supprimé le troisième terme – père, loi, constitution ou nom – qui autrefois structurait l’univers.
Et c’est l’expérience historique de l’écroulement des sociétés. Il en est hélas de nombreuses.
Plus étonnant encore, mais non moins inquiétant, cela peut se produire, lorsque le troisième terme en question ne peut pas s’installer. Et c’est là aussi l’expérience historique, si on admet le paradoxe de l’idée d’une expérience historique de la nouveauté historique.
L’absence de sanction qui résulte de la disparition de l’ordre précédent - et non de l’ordonnancement ou de l’organisation - c’est à dire la déshérence ou l’abolition de la loi pour raisons politiques et sociales conjoncturelles, encourage cette installation mentale post-fœtale, et dans cette occurrence historique d’autant plus que l’insécurité personnelle sensible et vécue sur différents plans dans une société en voie de dislocation, augmente de façon exponentielle.
Et ce d’autant plus que la pulsion d’individuation et l’avidité - à ce stade (mais non d’une manière définitive) une seule et même chose- poussent à engager le processus de substitution.
La part fœtale dans l’être, plutôt post fœtale, à savoir la perduration désuète de cette part, est-ce celle qui ne cesse entre autrui et elle de refabriquer du cordon ombilical et mieux encore du placenta, pour essayer de mettre en place une économie fusionnaire de nourrissement et d’évacuation gratuite ?
Cela peut se comprendre dans un souci de gestion économique. A condition d’envisager cette gestion économique comme le logiciel machinique. La machine étant alors le choix décisif du moindre coût humain, car sinon quel en serait le mobile ?
Le mobile d’une pareille automatisation…
C’est que ces opérations consomment de l’énergie et requièrent de l’astuce dans l’art d’agencer, d’installer des engins ingénieux. Au point qu’on peut considérer que cette activité, c’est l’AGIR lui-même, la mise en place du champ de production, ce champ fut-il l’autre.
Il s’agit en tout et pour tout d’être AGENT.
C’est à dire de faire produire l’autre, ce qui paradoxalement implique de le rendre passif. Patient.
Chacun essayant de faire jouer ce rôle à l’autre, il s’en suit un conflit dont l’enjeu est la répartition des rôles entre les logarques et les êtres-lieux.
Le ou la logarque étant l’agent et l’être-lieu le ou la patiente.
Du moins dans la logique binaire de la mère sacrifiée. Encore faut-il pour installer complètement cet état de choses, réduire ensuite l’autre au rôle de placenta, masse informe indifférenciée afin qu’il remplisse confortablement cette fonction, c’est à dire le ou la priver de toute initiative et de toute organisation propre.
Cette opération n’est peut-être pas si facile, et réclame de l’ingéniosité, de la mise en place, de la machination, en tous cas de la spéculation et de l’investissement. Dans tous les sens du terme.
Dans tous les sens du terme.
Comment nommer l’acte consistant à retirer à l’Autre son autonomie lorsqu’il l’a déjà acquise, c’est à dire à l’obliger à la régression, ou à l’empêcher de l’atteindre si ce n’est pas déjà fait et en tous cas de lui interdire l’établissement de son ordre à lui, ou à elle, pour son propre compte, de telle sorte qu’il ou elle redevienne ou reste cette masse informe, ce gisement de ressources humaines dans lequel on va pouvoir puiser jusqu’à son épuisement?
Déstructurer, dans la logique de la dévoration, c’est mâcher.
C’est une torture, même mineure d’imposer à l’autre un ordre dont il ne veut pas, de le souiller pour le préparer à devenir cette masse informe, impropre à son propre usage, bref bonne à être consommée ou jetée. Consommée et jetée. D’abord l’un puis l’autre...
La chair, est-ce le nom qu’il faut donner à la masse corporelle que n’organise aucun logiciel, aucune âme, aucun esprit, ces deux derniers termes étant les noms anciens du premier, du temps où leur nature électrique n’avait pas encore été clarifiée.
Et encore faut-il considérer le mot chair là comme un euphémisme du vocable de viande, puisque les recettes de cuisine admettent bien le passage d’un mot à l’autre, comme dans l’expression, la chair à saucisse…
L’argot cascadeur connaît aussi l’expression : se viander. Et les viandards hélas qu’on pourrait réintégrer à l’économie classique si on lui rendait son corps violent et souffrant. Mais ce ne serait plus l’économie classique. Le classicisme implique l’édulcoration. Et il ne faut pas s’en plaindre quand on voit ce que donne l’absence totale de civilité
C’est que le cannibalisme sommeille sous la dévoration, et la dévoration sous l’économie, qu’elle soit politique ou non.
Le cannibalisme, c’est la dévoration de l’autre, qu’on trouve pour chaque parcelle de l’organisme dévoré une utilisation originale et pertinente, ou qu’on en rejette la part résolument inassimilable.
Mais la fusion, c’est la dévoration de l’autre, sans qu’il n’y ait aucun reste, aucune restitution, aucun retour, aucun déchet. C’est absorber l’autre sans en rien rendre, souvent en commençant d’abord par l’englober de toutes parts dans une clôture pour l’empêcher de fuir, de s’en fuir, de s’enfuir et pour finir en constituant une véritable enclôture, enclosure qui le sépare du reste du monde.
Les deux positions n’étant d’ailleurs pas incompatibles et pouvant n’être qu’une question d’opportunité ou de besoin de tactique et technique.
Enfermer l’autre dans sa fiction à soi. Etablir autour et avec lui, le cocon symbolique, pré ou péri natal de la mère et de l’enfant. Hors du temps et de l’espace. Hors, employé là non pas au sens de - tenu à distance - comme pensée philosophique du HORS en lettres majuscules, mais au sens courant de sans.
C’est un lieu où la grâce peut régner parce qu’au moins en principe, et c’est souvent le cas, la mère aime, console, donne et gratifie. C’est le sacré à l’état pur. C’est pourquoi d’aucun a pu le définir comme ce qu’on voit dans les yeux de sa mère, pour marquer ainsi comme il s’agit de s’enfermer avec elle, loin du monde extérieur dans un amour absolu. Absolument réciproque. Ce que les religieux appellent la transfiguration.
Dans cet enfermement sur eux mêmes entre l’enfant et sa mère, dans cette sorte de bulle close enclose sur elle même et pour eux mêmes, eux deux, sans qu’il n’y ait place pour un troisième, et surtout pas pour un troisième, anéantissant d’avance toute la suite suivante des nombres, il n’y a pas de lieu pour la représentation, puisque tout est là au présent de la présence, en chair et en os.
Car pour qu’il y ait de la représentation, c’est à dire la formation d’une image mentale en lieu et en place de, il faut de l’absence et un lieu vide où quelque chose peut ou pourrait se tenir. Une cavité qui puisse abriter la pensée à l’état naissant. La pensée gestante. La pensée nouvellement gérée.
Gérer. Gester Toutes les formes d’agir, d’agent, d’agencement.
Ce lieu vide, qui n’existe pas dans la plénitude de la symbiose de la mère et de l’enfant, qui remplit tout, même si elle n’est pas pleinement satisfaisante, on peut l’appeler, dans le même esprit, et par référence aux mathématiques, le zéro philosophique.
Le zéro philosophique est comme le zéro mathématiques il n’existe pas spontanément dans sa représentation, il a besoin d’être inventé.
Et ce n’est pas si facile, il faut pour y parvenir un long cheminement.
Il faut pour pouvoir se préoccuper du zéro philosophique, de la cavité philosophique lorsqu’elle est vide, un long cheminement douloureux, un parcours qui a buté sur cette absence jusqu’à comprendre qu’il devenait nécessaire de l’inventer.
De l’inventer ou d’en mourir.
Dans les soubassements animiques perdure la mémoire de la symbiose mère enfant, alors que dans le même temps, le besoin de se nourrir implique de considérer tout l’environnement comme une proie indifférenciée.
Ou bien ce qui revient à peu près au même, de considérer l’environnement d’une façon vaguement, et globalement indifférenciée.
Comment s’étonner alors de l’existence d’une pulsion d’indifférenciation ? D’une pulsion d’homogénéisation ? D’une pulsion de fusion qui n’est pas forcément la pulsion de mort, mais en tous cas une aspiration à une vie qui serait moins coûteuse en énergie, ainsi la logistique économique se mêle-t-elle, même si elle ne s’y confond pas, avec la réflexion économique.
Cela est, c’est ainsi parce que c’est la mère qui fournit la nourriture, fut ce hélas en forme de proie.
Elle la fournit non seulement à l’enfançon qu’il soit dans ses bras à sa charge, ou bien encore plus profondément dans son ventre, mais aussi bien dans le système logarchique lorsque la mémoire de la mère du temps de l’enfance perdure dans l’être, alors que biologiquement il ne l’est plus et que sa dépendance est plus une commodité d’exploitation, qu’une nécessité physiologique. Au point que parfois c’est la mère vieillissante qui aurait besoin de l’assistance de l’enfant devenu adulte.
Pourquoi se souvenir là des sacrifices rituels ? Qu’en est il de ceux faits à des divinités terribles ? Faudrait-il parler et quel sens cela, cella, cellla pourrait il bien avoir, de pulsion barbare ? Une sorte de tentative de se représenter la différence entre la vie et la mort ? Et les meurtres d’enfants en guise de sacrifices étaient, avant qu’Abraham le père des nations transmit l’interdiction ou l’inventa, quasiment généralisés.
Au fond des circonvolutions du psychisme dure et perdure le souvenir de la fusion sinon sans douleur, car rien ne prouve, tout au contraire qu’elle n’en cause pas, du moins l’idée de la réunion, permettant de maintenir l’activité économique au minimum nécessaire à la survie. A savoir une forme de parasitisme.
Toute fusion n’est pas nécessairement parasitaire,
l’association, la symbiose ne le sont pas. Et l’être socialisé lui même et
prophétique a pu dans son heure d’espérance et de gloire aller jusqu’à rêver la
formule idéale, la fusion coopération : De chacun selon ses possibilités, à chacun selon ses besoins. Grand
rêve du triomphe de l’économie distributive prenant racine dans la mémoire de
la gestation dans le ventre et les bras maternels.
I have a dream …
Et qui sait si un jour,
Mais la fusion peut aussi hélas, être parasitaire et le cadre et le moyen le plus pratique de l’écorniflage. La fusion n’est en soi, ni un bien ni un mal, ni un élément positif ou négatif, ni qu’il faille fuir ou particulièrement rechercher.
Elle est tantôt ceci tantôt cela, en fonction du contexte, c’est à dire dépendant d’abord de l’existence et de la nature du troisième terme. Selon que la fusion se pense en termes de dualité ou au contraire en rétablissant dans la pensée, l’existence d’un troisième terme qui en aura été exclu pour la commodité de certaines opérations, les résultats seront bien différents.
Dans les circonvolutions du psychisme de l’être adulte dure et perdure la mémoire de deux tropismes fondamentaux acquis lorsqu’il était enfançon.
D’abord la nécessité et le bonheur de la fusion, et cela en est tout de même un, comparé aux horreurs de l’isolement et de la désolation que le tout petit doit affronter lorsqu’il est né et livré à lui même dans tous les tourments de Tantale, la faim, la soif, la saleté, la peur et l’ennui de la relégation loin du foyer où se consume et s’organise le vivant.
Et à côté de ce besoin de fusion pour échapper au pire, dure et perdure au fond du psychisme la mémoire de la dévoration sans effort ni limite, c’est à dire la connaissance d’un état économique idéal, gratuit et gratifiant, parce que ne se préoccupant aucunement du sort de la proie, fut ce là la mère, car au commencement, la notion de mère recouvre seulement un environnement indifférencié qui apporte sans efforts des solutions variés à des besoins impérieux et divers.
Encore que la notion de sans effort ne soit pas tout à fait la réalité car pour obtenir ce résultat, il faut se manifester d’une façon ou d’une autre par des gestes, des mimiques, des cris et des larmes, ou si par chance et cela peut survenir, le climat est plus favorable, par des sourires, des gazouillis et des roucoulements.
Dans la mémoire de l’être qui fut autrefois l’enfançon en proie aux difficultés de Tantale, dure et perdure des souvenirs contradictoires. La nécessité de rester en bons termes avec l’environnement puisque c’est de son existence et de son développement que dépend dans le temps la survie qui ne peut être assurée seul et par ses propres moyens, mais aussi la dure réalité de la nécessité de dévorer, sans s’interroger le moins du monde sur les conséquences et la légitimité de cette dévoration.
La légalité de cette dévoration est encore une toute autre question. Non que le droit n’ait rien à voir avec l’économie, tout au contraire, la fermaille ce terme de vieux français est là pour en témoigner. C’est le collier qui symbolise le statut, la forme, la ferme, l’établissement. Mais c’est une autre histoire. Au sens propre c’est l’histoire, alors qu’il s’agit là de préhistoire. Dans la vie de l’être individué, et dans celle de l’humanité.
Entre le besoin d’être avec la mère et celui de s’en nourrir, il n’y a pas vraiment contradiction. Ni tout à fait non plus entre le besoin d’insertion dans l’environnement et la dévoration.
Sans être vraiment contradictoires du point de vue de la réalité physiologique du nourrisson, ces tropismes le sont quand même dans leur nature, et d’autant plus au fur et à mesure qu’on prend en compte leur finalité. D’un côté l’intégration à un monde réel - qui préexiste et dans lequel il faut trouver d’une façon ou d’une autre - et elles sont variées, le moyen de prendre place et de l’autre la capitalisation des ressources existantes à son unique profit, au mépris justement de l’environnement dans lequel il faut s’intégrer.
Aimer la vie n’est peut-être pas si simple. Aimer vivre suffit peut-être à en rendre la nécessité biologique, sans aller au delà.
L’image d’un monde matrice et nourriture, impression première du nourrisson perdure donc dans les soubassements de la mémoire de l’enfançon devenu grand, même si l’état social lui a appris à laisser de côté cette forme, pour en adopter d’autres plus élaborées et mieux adaptées au statut qui permet de solutionner les problèmes que le grandissement dans un cadre obligé, va susciter.
Que faire de ce souvenir contradictoire, d’autant plus que par négligence sociale, ou par système, ce lien mémoire a été scotomisé ? Peut-être justement d’autant plus qu’il est contradictoire et que la logique en vigueur ne reçoit pas la contradiction.
La totalnité, ce mélange de fusion et de négation repose sur la mémoire de cette contradiction. D’autant plus qu’on ne lui a pas fait de place...
Le totalnitaire recherche la fusion, et s’efforce de partout l’imposer autour de lui, non pas tant pour retrouver ou refaire la totalité, car seul au monde, il n’en a consciemment même pas l’idée, mais parce qu’à la faveur de cette fusion en action, il va pouvoir distribuer autrement les éléments de son psychisme qu’il répugne pour une raison ou pour une autre, personnelle, historique ou sociale, à considérer comme siens.
La quête de la totalité n’a consciemment de sens que si on a aussi consciemment l’idée de la partie, c’est à dire en l’espèce l’idée d’un autrui, avec soi ou contre soi, partie d’un tout. Or pour le totalnitaire ce n’est pas le cas. Il est dans un état de conscience inconscience antérieur à la notion de partie et de tout.
La fusion ne sert pas au totalnitaire à réparer le monde, pour tenter de le parer à nouveau dans une volonté de revenir sur la séparance, cette douleur de la séparation, consécutive à la fragmentation.
Cette fusion là pourrait trouver à s’exprimer dans le panthéisme. Cette fusion là ne sert pas au totalnitaire à réparer le monde, mais à l’utiliser pour son confort à lui, être lui même et tout seul la totalité.
Ce n’est non seulement pas tout à fait la même chose, mais ce n’est pas du tout la même chose.
La fusion, sa constante recherche et tentative d’imposition, à tous et partout, c’est le lieu de prédilection de l’inversion entre le tout et la partie, et en ce qui concerne le totalnitarisme cette furieuse négation, le lieu de l’inversion entre l’enfant et la mère.
Cette séparance n’est pas sans rapport avec l’attraction des corps et la gravitation universelle et qui sait l’énergie même née de la première cassure...
Cette contradiction est le lieu de la malversation, de la fraude, du tripot. Y compris dans le sens de tripoter lorsqu’on recherche ce qu’on va bien pouvoir en tirer. En tirer, de ce sein qu’on tripote, celui de la proie maternelle et nourricière destinée à l’épuisement. En tirer. En.
Fabriquer un placenta, refabriquer un placenta, un placenta artificiel, un ersatz permettant de dévorer sans être gêné par une proximité quelconque, fut ce celle de la proie. C’est ce placenta là qui permet d’être à l’aise.
Ce qui fait le placenta, le lieu de nourrissement et de la décheterie, c’est le médium, le bouc émissaire. Il est tour à tour et en fonction des besoins, parfois même en même temps, héros et victime.
Le Christianisme a étendu le placenta à toute la distance
qui sépare le ciel et la terre et permet à l’espèce humaine d’inventer sa
propre place pour elle même. Et
La chimère la bien nommée, celle qui rassemble et mêle les ordres différents.
Le terme d’innommable renvoie tout aussi bien au pire qu’au sublime, au cauchemar comme à l’extase, mais dans un cas comme dans l’autre, ce terme fait référence à un espace mental de l’ordre de la fusion, c’est à dire en fin de compte de la relation avec la mère, soit son idée réelle, soit la projection de cette idée sur le monde tel qu’il est.
L’innommable est ce qui ne peut pas être nommé, croit on car l’univers de la fusion est encore inexploré d’avoir été scotomisé. Dans un cas comme dans l’autre, il relève de la totalité et/ou de la totalnité.
L’innommabilité de
totalité, c’est le lieu où il n’y a pas d’espace du tout pour une langue, tant
la fusion est parfaite et le bonheur fou. C’est au présent celui des amants
dans la coalescence de leur complémentarité éprouvée, apaisement enfin de la
dolente déchirure de
L’innommabilité de la totalnité, c’est le lieu où la parole ne peut pas non plus se former parce que l’environnement est si écrasant qu’il n’y a pas l’espace nécessaire pour que la chose vivante puisse se constituer comme sujet, aussi demeure-t-elle ainsi ininstituée.
La totalnité, a-t-elle à voir alors avec l’indifférence ?
Le constructivisme littéraire est à la philosophie ce que le crédit à l’investissement est à l’économie, le moyen de spéculer au delà de ses propres limites et de vaincre les barrages qui résultent de la situation telle qu’elle est.
Comment comprendre alors les néologismes d’ondifférence, l’endifférence, l’undifférence qui pourraient être fabriqués sur le modèle de celui qui a désormais droit de cité pour évoquer le cri premier, principal, primal, le son inarticulé, un l’appel à peine ON-EN-UN ?
ON EN UN, la mise à nu d’un OUIN théâtral et tragique.
ON-EN-UN.
Le ON pour exprimer la globalité indivise des vivants et des morts et qui n’est pas tout à fait le pronom indéfini dont la scolastique nous enseigne qu’ « il ne définit personne et qualifie d’imbécile celui qui l’emploie », mais permet au contraire même de donner voix à cette voix commune, celle des ancêtres et des autruis en l’être lui-même, avant l’invention du sujet.
Le EN pour s’opposer au HORS et ramener au jour l’existence des jours obscurs vécus dans la matrice en attendant l’émergence, et le souvenir que ces jours obscurs et décisifs ont laissé au fond de soi.
Le UN pour témoigner de l’unicité unique de la matière vivante, la biomasse, elle-même la bien nommée, comme un tout provenant de la même source, fut-elle très lointaine. Fut-elle en proie à la séparance, cette douleur diffuse consécutive à l’éclatement.
Cette douleur diffuse de l’énergie dispersée.
Mémoire d’Héraclite et de sa forme éclatante du soleil.
Eclatante, écarlate, autrefois sans référence au rouge mais disant l’éclat la brillance, et d’où vient l’idée que c’est la fragmentation en éclats qui cause la brillance, si ce n’est qu’il y a à la faveur de cette fragmentation une libération d’énergie et qui sait de lumière ?
Est-ce pour cela qu’il y a presque partout cette pulsion de désintégrer tout autour de soi, sauf chez les êtres de lumière, ceux qui sont déjà dans la lumière ?
La grammaire en vigueur ne peut pas prendre en compte celle de la fusion.
La grammaire de la fusion ne s'articule pas en termes de HORS et de EN comme la pensée logarchique qui refoule le EN pour s’en installer volontairement hors.
Il faut inventer pour elle la possibilité de dire autrement un autre rapport au monde, notamment celui par lequel le pronom personnel serait un neutre qui n’existe pas en français. Faute de ce neutre, la différence entre le IL et le ELLE qui interdit l’homogénéisation, empêche d’en penser la réalité qui a lieu quand même.
La grammaire de la fusion doit recourir à un fantastique DONTE qui invente une filiation au féminin, au maternel plutôt, lorsque le tiers terme en a, pour une raison ou pour une autre, historique, économique, social ou politique disparu.
Et que dire alors de la généralisation de ce TU qui s’emploie désormais même en s’adressant à un groupe pluriel qu’il ligote ainsi dans un faisceau unique ? A-t-il des accointances avec ou des réminiscences du THOU anglais et sacré ? Quelle serait alors l’image subliminale en filigrane, radieuse et obscène, celle de toutes les révolutions ontologiques ou non ?
Toutes les révolutions le sont. C’est l’idée même de la révolution. Le retournement sur soi. De soi ? De soi. Hors de soi et en soi.
Dans quels termes et avec quelle grammaire dire l’angoisse de l’être qu’on empêche de se constituer, de s’organiser, de prendre une forme, et qu’on maintient à l’état de simple matière vivante informe qui ne peut survivre qu’en symbiose avec d’autres à travers qui circulent quelque chose qui ressemble à la vie.
Ce n’est pas alors l’angoisse de mort qui serait de retourner à la fusion en se déstructurant, mais l’angoisse de la matière vivante en deçà de l’être. L’effort pour émerger de la fusion vers une vie plus ordonnancée. La matière vivendi. Celle qui s’efforce de survivre, mais qui n’y parvient pas forcément.
Et plus difficile encore que d’être de la matière vivante tentant d’exister, de la matière vivendi, sa capitalisation pour en faire de la vie. Se contenter d’être de la matière vivante latente et rêveuse, et parvenir à être un organisme vivant trouvant de façon durable à subvenir à ses besoins, ce n’est pas la même chose. Et il y encore de la différence, et quelle différence entre subvenir à ses besoins et parvenir à y subvenir de façon autonome.
L’établissement de soi par le moyen d’un autrement que soi, implique l’enfermement en soi de l’autrement que soi, une sorte de confiscation et d’encaissement qui pour tragique qu’ils soient assurent l’autonomie et la constitution en être séparé.
C’est la mise à l’intérieur de soi pour l’avoir, pour avoir et l’avoir pour être par la digestion.
Le blanc est la couleur de ce qui ne porte aucun signe d’appartenance, aucune marque, aucune trace, aucune emprise.
Le problème fondamental de l’ontologie classique est de parvenir à rompre avec la fusion primordiale, primale, principale dont la perpétuelle menace de retour fait craindre l’engluement et empêche toutes tentatives d’individuation.
Tentative d’individuation aussi bien sur le plan individuel, par l’émancipation hors de la pensée fœtale et péri natale, que sur le plan collectif, le dépassement d’un ordre fusionnaire immuable et coutumier. Que ce soit sur le plan individuel ou collectif ou bien dans la réalité historique, sociale et psychique, cette émancipation est loin d’aller de soi et n’est jamais définitivement acquise.
La formosité, ce terme apparaît comme un néologisme dû au constructivisme littéraire, capable de fabriquer de manière intelligible tout ce dont il y a besoin, mais en réalité, ce vocable là existait (comme beaucoup de ceux qu’on peut croire inventés) au Moyen Age, et on faut s’interroger sur cette fantastique déperdition de la langue.
La formosité, c’est la beauté de formes.
Dans l’esthétique, il y a bien du sentir, l’idée même du sens.
La formosité comprend donc en elle même l’idée du sens, c’est à dire par excellence, l’idée du lien à la mère. Car c’est par la transmission du bon et du mauvais goût que la pérennité est assurée. Et le goût a à voir avec l’allaitement.
L’esthétique ne peut avoir lieu sans la convocation réunion de tous les sens, mais néanmoins puisqu’il s’agit de goût, d’abord et fondamentalement de la saveur et de l’odorat, soit d’un monde qui fait plus que belle, la part de l’oralité.
D’ailleurs en matière d’esthétique, il s’agit bien de se prononcer et la terminologie dit bien d’elle même ce qu’il en est.
Ce qui est moche, c’est ce qui ne tient pas ensemble, ce qui ne peut pas être construit, ce qui ne tient pas, ce qui ne s’intègre pas au monde déjà existant, tel qu’il est.
La poétique, c’est l’action, celle d’agir pour meubler aménager construire articuler, et l’articulation est tout un monde à soi seul, c’est à dire l’agir selon les normes en vigueur.
L’esthétique est l’ensemble des règles d’action, et l’action elle même, la poétique.
Impossible d’agir dans ce cas sans prendre en compte la transmission due à la mère prise au sens large, ce que Cornélius Castoriadis résume par la société plus dix mille ans de civilisation.
Dans notre société, l’émancipation telle qu’elle a lieu dans le système logonomique se fait en rompant avec la forme imposée, la forme coutumière, cérémonielle et rituelle. Or dans la pensée du monde en termes de forme, la poétique, rien ne peut être laissé de côté, car si l’intégration de tous les éléments n’a pas lieu, la forme en tant que telle ne s’établit pas. Et/ou ne se maintient pas.
Passer d’une pensée en termes de FORME à un raisonnement en terme de LOGOS permet de laisser de côté, de laisser pour compte ce dont on n’a pas l’usage. C’est ce qui permet d’installer un ordre à la discrétion de l’ordonnateur, un ordre qu’il ordonne pour capter à son profit, au mépris du délaissement et bientôt de la relégation de l’autre.
Ce qui permet cette opération, l’abandon logonomique c’est la logique binaire, la restriction du monde à la logique binaire, l’abandon du troisième terme, l’abandon du reste du monde.
Ce troisième terme abandonné, dans le contexte de la logarchie logonomique, c’est toujours peu ou prou le lien avec la mère car finalement au delà de la mère réelle et entendue comme la société dans son ensemble, c’est le monde lui même, la précédance.
Le refoulement né de l’abandon de la forme rituelle cérémonielle au profit de l’entrée dans un système binaire logique est-il à l’origine de ce qui s’appelle à la suite de Freud et de bien d’autres, l’Inconscient ?
L’Inconscient est-ce l’ignoré au sens de ce que le sujet ne le prend pas en compte, dénie, refuse, refoule, renvoie dans la fusion, dont il se tient volontairement hors ?
Ce refoulement dégage un espace dans lequel, sur lequel peut s’établir celui de la conscience. L’ontologie classique repose sur ce refoulement. L’être-en-soi peut s’établir ainsi et pour son compte, comme une conscience individuée, pour autant qu’il parvient à ce refoulement, c’est dire à casser en lui et pour lui, la relation avec la mère.
Mais comme ce refoulement et cette cassure ne peuvent pas vraiment se maintenir durablement comme laissés pour compte, puisque qu’il s’agit plutôt d’une fiction volontariste que d’une réalité, le débarras effectif, pour être durable, doit se faire en projetant sur un être-lieu la mémoire de ce lien fusionnel avec la mère.
Mais de son côté, hélas dans l’ordre existant tel qu’il est, cet être-lieu ne pourra pas pour son compte parvenir à l’individuation que l’être en soi - logarque - lui interdira, pour être le seul à en jouir. Le bénéfice dans l’ordre existant consistant à parvenir à se situer ainsi dans un système fonctionnant dans une logique de HORS le monde.
C’est le mode de représentation dans lequel le logarque - être en soi - dégage un espace pour être, en se situant HORS le monde. Le fonctionnement en termes de EN étant refoulé et projeté sur un être-lieu condamné de son côté à demeurer dans la fusion. C’est la logarchie philosophique.
Appliquée à l’Art, c’est le fonctionnement du théâtre, lorsque les acteurs prennent sur eux de représenter quelque chose pour le compte des spectateurs qui les regardent. Et le regard est là fondamental, le son n’en étant que l’accessoire. Ce qui n’est peut-être pas tout à fait vrai dans la cinématographie à cause de l’autonomie de la musique d’accompagnement et peut-être de la bande son elle-même comme l’ont montré certaine avant garde du côté de Marienbad.
Dans la vie politique, ou ce qui en tient lieu, c’est la démocratie représentative, car demos avant de signifier « peuple » dans son acception moderne veut tout aussi bien dire tribu et circonscription, clans, et fiefs.
Fief, au sens de fetu, bétail, naissance, production.
Penser la logarchie philosophique est un préalable à son application aux sciences sociales. Du moins à ce qui s’appelle aujourd’hui les sciences sociales, et qui du point de vue de la mère refoulée résurgente pourrait bien apparaître sous un tout autre angle. D’autant plus que la vie privée, laissée volontairement à l’écart, en est l’essentiel.
La violence privée est la matrice de la violence publique.
Si l’étymologie est la mère de la philosophie, le constructivisme linguistique en est-il le père ? .A condition de le comprendre au sens du troisième terme, celui qui rompt le duo, duel de la dyade, l’existence même du monde. Dans tous les sens du terme, y compris et surtout au sens de le construire.
Le monde doit être fait tous les jours ! Au sens d’échapper à l’informe de la dévoration anomique.
Cet espace vide qui refoule ce qui se pense en terme de EN pour établir une pensée en termes de HORS, permettant de considérer le reste du monde comme des fiefs, des domaines au propre comme au figuré, repose sur l’éviction du lien à la mère.
Pas de logarque sans refoulement du lien à la mère, ce lien fusionnel étant ensuite projeté sur l’être-lieu mentalement prisonnier quand il ne l’est pas, à des degrés divers dans la pratique de la réalité quotidienne. Car nombreuses et variées sont les formes d’enfermement. Depuis la contention matérielle dans une cage étroite jusqu’à l’aliénation radieuse de la réalité virtuelle reconstruite à la demande.
Quand cette formule ontologique du refoulement du lien à et/ou avec la mère est utilisée par une femme au sens d’homme féminin, et comme cette structure ontologique ne tient ni au sexe, ni au genre, il s’agit de ce qu’on peut appeler la logarque.
S’ajoute alors à la relégation, voire à l’abandon de la mère refoulée, l’élément supplémentaire de d’auto trahison car reniant sa mère, la fille se renie elle même, car si sa mère est bien sa précédance, le fait de devenir mère fait partie de son devenir. Ne pas le prendre en compte est une absurdité.
Il n’est pas vrai que la femme soit tout à fait un homme comme les autres au delà du slogan politique égalitariste qui a sa pertinence et son charme. Cette pensée n’a de sens qu’à l’intérieur du mode logarchique, mais comme c’est lui qui domine, cette idée, ce constat plutôt prend tout son sens.
Ce n’est pas pour autant qu’il faille s’installer dans un différencialisme de principe qui sur le plan pratique aboutit à la même absurdité.
La question des femmes, pour autant qu’il y en ait une, et il n’y en aurait pas si le féminin s’était arrogé - comme l’a fait le masculin - la prétention de l’universalité, ne se pense de façon dogmatique ni exclusivement en termes d’égalité, ni en termes de différence, mais selon le contexte et les difficultés rencontrées, tantôt en termes d’égalité, tantôt en termes de différence.
Tout en étant nécessaire à leur émancipation, l’affirmation politique que les femmes sont des hommes comme les autres trouve un butoir physiologique insurmontable en dépit des manipulations gestatoires, avec la parturition que ne connaîtront jamais les hommes qui ne sont justement pas comme les femmes.
Ce n’est pas le transexualisme et les couveuses qui aboliront cette réalité. Ce que confirme la sagesse populaire, pas toujours la plus mal lotie : L’exception confirme la règle.
Cela ne veut pas dire que l’homme et la femme ne constituent pas ensemble une catégorie plus large, celle de la personne humaine, et qu’ils n’aient pas à ce titre les mêmes droits. Encore qu’il faille dans certains cas y regarder à deux fois lorsque les droits sont fondés sur des réalités physiologiques. S’interdire cette pensée à cause de ses dérives est une autre forme d’aliénation maniaque et idéologique.
Le mode de pensée doit être approprié à ce qu’il faut nouer ou dénouer.
Ces êtres-en-soi masculins ou féminins qui pour s’individuer, se défaussent sur les êtres-lieux, masculins ou féminins, de la mémoire de la mère, sont donc dans le mode de pensée de la logonomie qui leur est commun, des logarques. Masculins ou féminin. Le logarque ou la logarque.
Le lieu symbolique dans lequel a lieu cette projection, c’est celui que la grécité ancienne nomme SKENE appareillage, bagage, équipage, attirail, ornement, habillement et tout ce qui concerne les vêtements, l’armure, le costume.
Quant à SKENOS, avec le même radical grec, de l’aveu même du dictionnaire, peu de mots ont une signification aussi étendue, car c’est tout objet mobilier, des armes aux outils et des harnais aux agrès, en tous cas, quelque chose qui sert à relier et à dominer la prise dont on a réussi à s’emparer et qu’on pourrait traduire dans l’argot cybernétique par le MATOS, ce matériel qui sert à aboutir dans les opérations logistiques engagées.
SKENOS, entre LOGOS et NOMOS, entre la parole et la loi.
Mais l’espace où cela a lieu, ou cela se tient, peut tout aussi bien être et en même temps un espace réel, dans lequel la chose va avoir lieu la place d’armes sur laquelle on prépare le matériel militaire, celle du marché où ont lieu des échanges qui ne sont pas toujours égalitaires ou encore l’Agora sur laquelle les débats et discours peuvent de façon apparemment désintéressée se tenir.
Mais en fin de compte, et l’expression le dit bien, c’est bien de compte dont il s’agit.
Quoi donc ? Cette opération de formatage par laquelle, le ou la logarque, puisque ce n’est pas une question de sexe ni de genre met en place, met en forme, formate finalement le lien avec ce qui aurait pu être un autrui, un autre, mais qui là, va se trouver vassalisé, dominé, installé dans la position d’abord puis avec la consolidation de l’habitude ensuite, la posture de l’être-lieu. Un vassal. Un valet. Probablement valétudinaire.
La racine de l’abandon à la maladie est elle dans l’absolue secondarité ?
C’est dans ce lieu plus que dans l’espace où cela a lieu, à savoir le matos, le matériel, le harnachement, le bagage et le costume, tout ce que la grécité appelle SKENOS et SKENE que les différentes fonctions ont pu être formatées, à la faveur de ce qu’elle nomme CATASKENE, cette consolidation du premier harnais destiné à retenir la proie.
CATASKENE la préparation au sens des opérations, construction, organisation, constitution, état, notamment politique, ensemble des institutions, constitution, action d’arranger avec art, de combiner, d’imaginer, mais aussi appareillage, ameublement, mobilier, équipement d’un édifice. Bref tout le toutim de l’installation, dès qu’elle cesse d’être précaire.
S’établit alors dans ce formatage, dans cette notion de CATASKENE un format, un lien, un duel transformé en duo, en tous cas une articulation duale qui laisse de côté le reste du monde. A savoir tout ce qui transforme la première prise en un état stable et un peu durable, car ce n’est pas tous les jours qu’on peut faire la guerre, à peine d’épuisement, et plus subtilement encore de la rendre sans raison. Car sa raison d’être, c’est d’assurer la domination.
Cette opération de formatage pour installer l’autre en position d’être lieu, vassal, valet sur lequel, laquelle puisque ce n’est pas une question de sexe ou de genre, on se décharge de la mémoire de la mère, peut avoir lieu aussi bien en termes d’actions individuelles, qu’en meute.
Se projeter dans cet espace, ce lieu, c’est EN ETRE, c’est
profiter de
Car en démocratie, la proie est et sera toujours minoritaire. C’est ce qui la rend séduisante.
Au besoin la mère vassalisée par sa troupe d’enfants.
L’espace philosophique ainsi dégagé par la projection, à
l’initiative du logarque - que cela soit un individu ou un groupe tout entier
qui refoule, repousse, refuse la fusion vers un ou des autruis êtres-lieux sacrifiés - ne résout pas le
problème de la fusion, mais s’en défausse débarrasse sur quelqu’un, ou sur un
groupe de gens, moins bien placé du point de vue du confort ontologique.
Cette locution mélangeant la médecine et la philosophie.
Cette initiative ontologique, en utilisant les ressources du constructivisme littéraire pourrait mettre en évidence le processus l’ontologisation lorsqu’il s’agit de formater une structure existentielle, que cela soit le résultat d’une décision individuelle ou collective sans que soit posée à aucun moment, la question de la généralisation ou non possible, de ce comportement.
Et on ne peut pas - bien que cela ne soit pas le propos - laisser alors de côté, de ce fait, la question morale.
Cette décision, de ravaler l’autre à une fermaille inférieure d’être lieu sur lequel est projeté la fusion pour s’établir soi-même en position dominante et se réserver à soi seul le bénéfice de l’individuation, est tout ensemble une pensée et une action, un acte, un poème même comme le sait l’étymologie et la signification de la notion d’esthétique qui en est issue.
Cette démarche mentale consiste à se séparer du monde, à s’en sentir séparé, ce qui aboutit d’une certaine façon à le créer comme un autrement que soi, un quelque chose d’autre que soi même, quels que soit la forme et le nom qu’on lui donne, en tous cas, à en rompre la globalité.
Ainsi apparaît une faille, une séparation, un espace. Cet espace dégagé par la projection, c’est le CHAMP.
Le champ au sens de champ de vision, de champ photographique ou même de champ magnétique. Ce champ c’est le lieu de l’action. Le latin s’en souvient, et son descendant français peut se le remémorer. L’ager, c’est le champ cultivé, l’agere, c’est l’agir, et l’agger avec deux g plus étonnant encore, ce qu’on a amassé pour combler un vide, une levée de terre, un mur de ville, une fortification, une digue, une chaussée et tout particulièrement cette levée de terre qui permet d’avancer les machines de guerre pour dominer et finalement conquérir l’Autre.
C’est là que le logarque ou la logarque, puisque ce n’est ni une question de sexe, ni de genre, peut spéculer et investir.
Spéculer, de spéculari en latin : observer, regarder, espionner, être en observation, faire le guet. Et en droite ligne, ce que dit Littré : Investir, l’action d’entourer une place, une ville, une maison, et d’en couper toutes les communications.
Au sens économique bien sûr, mais aussi bien et cela ne peut pas en être séparé, au sens philosophique. Et ce qui les sous tend tous les deux, au sens militaire, la logistique elle même. Logistiquement parlant. Logiquement parlant.
Le vide n’est pas en lui même une valeur, sauf pour le révisionnisme dans lequel il est l’objet de tous les désirs et de tous les cultes, mais il est nécessaire qu’il en existe un pour que quelque chose puisse advenir.
L’AIRE est le nom de ce vide. Ce n’est pas par hasard que les mathématiques l’ont repris dans le calcul logique des surfaces, ni que c’est ainsi que se nomme le nid des oiseaux de proie.
C’est là que peut avoir lieu la relation, l’idée, l’être, trois formes qui peuvent se rassembler sous le même vocable de la confrontation.
Lorsque cette aire est philosophiquement neutre, c’est à dire n’est pas déjà engagée dans un formatage quelconque comme c’est le cas dans la logonomie obtenue par le refoulement du lien à la mère et la cassure symbolique, elle pourrait s’appeler le ZERO PHILOSOPHIQUE, au sens où il s’agit de jouer là pour l’ontologie, le même rôle que le zéro pour les mathématiques, à savoir une facilité de raisonnement pour aller au delà d’un premier raisonnement.
L’acceptation de la mise en place du concept de zéro philosophique - en termes concrets une sorte d’AIRE - en termes métaphorique la cavité philosophique, permettrait d’avoir affaire à un espace vide à l’intérieur duquel quelque chose de nouveau serait possible et pourrait advenir notamment et éventuellement d’autres formes de séparation que celles imposées par le logarque, toujours à son initiative, et dans son intérêt.
A partir de la notion d’aire espace vide théorisé comme le
ZERO PHILOSOPHIQUE, il devient possible de se séparer sur le mode, sinon sur le
modèle de la sevration ou de la partition, ce qui n’a jamais lieu dans
la logarchie dans laquelle
Dans la pensée nomade, celle qui flotte errante à la surface du globe, celle qui a lieu avant l’établissement dans un endroit déterminé avec des installations stables, le zéro philosophique, l’aire, peut n’être qu’une TENTE flexible, qui ne permette même pas une assignation efficace, et encore moins, parce qu’ouverte à tous les vents, une consignation.
Dans ce cas là, on baigne directement dans l’univers même de la mère, de cette Grande Mère qu’est la nature aussi bien du point de vue économique puisqu’on tente d’en ramasser de ci de là les produits et de les faire fructifier, que du point de vue symbolique, et avec laquelle il faut alors, à cause de la dureté de la réalité, sans cesse composer. On vit en symbiose avec elle et presque même en elle et il n’y a pas besoin de la refouler comme dans le formatage de CATASKENE l’installation fixe, avec tout son établissement ordonnancé.
Dans la pensée nomade, on ne peut se séparer de la mère, sa mère, sa mère-nature sans en mourir. L'être ne peut existe que sur le modèle du CEPT, compris comme un cueillement, un recueillement….
Dans la pensée nomade, la mère, sa mère, la mère nature, n’est jamais refoulée et/ou laissée de côté. On vit dedans et avec, au milieu de ses bienfaits et méfaits. Au milieu de ce qu’on peut penser qu’elle offre, alors qu’on ne fait que recueillir ce qui se présente, sans même y penser autrement que dans une vision romantique et/ou idéologique.
Il ne s’agit en réalité économiquement, philosophiquement et symboliquement, que d’un simple, CELA EST. C’est ainsi.
On peut aussi pour se concilier ses bonnes grâces, s’y rendre la vie plus tranquille, ou tenter de tenir à distance la terreur que tout cela inspire, inventer et pratiquer toutes les cérémonies et les rites qui depuis cet enveloppement flottant parviennent au moins à la polariser, sans pour autant qu’il y ait forcément comme par la suite, une assignation particulière dans la vénération d’une divinité qu’on va expulser en dehors du champ des préoccupations, ou au moins cantonné déjà par mesure de sécurité, dans un lieu sacerdotal d’abord puis seulement théâtral et enfin médiatique.
Le ZERO PHILOSOPHIQUE, c’est le champ de la pensée quand il est vide. Non la pensée, mais le champ, parce qu’il n’a pas encore été labouré.
Est-ce l’espace entre le CONCEPT/ENCEPT qui rassemble les idées et le PROJET/DEJET qu’on peut éloigner, une sorte de portée de regard qui est la limite au delà de laquelle on ne peut pas s’investir ou spéculer ?
Le zéro philosophique c’est le champ de vision et de prévision de la spéculation et de l’investissement lorsqu’il n’est pas encore formaté dans le sens de la logique en vigueur, celle qui a déjà refermée toutes les portes qui pourraient se raccorder encore à la mémoire de la mère.
Aliéner l’autre pour le réifier.
Au commencement, l’ordre de la nature, c’est la sauvagerie.
Le vol, le viol, la violence. La fusion, la substitution, l’empoisonnement, les littoraux incertains, les mangroves et les cailles. Le leurre, la prévarication, l’épargne, fut-elle un amoncellement de noisettes, la domination, la colonisation. Mais aussi bien l’union, la symbiose, le parasitisme, la rêverie, la propagande, l’osmose, la parturition, la conquête, la prise, l’emprise, la fraternité…
Au commencement l’ordre de la nature, c’est n’importe quoi.
La prédation, la consommation, le racket, le pillage, la razzia, la spéculation, la spoliation, l’exaction, l’extorsion, la contrebande. Le libre échange, la fraude cet inconscient de l’économie la malversation, la falsification, la tricherie, la baraterie, la cooptation, la captation, le dol, l’escroquerie, le détournement, l’erreur, les vices du consentement. L’escamotage, la maternité, la subtilisation, la maraude, l’appropriation, l’investissement, le bras de fer, le chantage, le banditisme.
La déportation, le brigandage, le détroussement , la confiscation, le sabotage, la confiance, la lutte, la dépradation, la dégradation, la piraterie, la carambouille, l’inceste, la grivèlerie, le cambriolage, la rapine, le détournement, la molestation, et sous toutes ses formes, de la simple ironie en passant par le passage à tabac, le meurtre qui ne tarde pas à suivre, l’alliance, la concussion, l’association, le partage, la lésion, l’affiliation, la confusion, la collaboration, la manipulation, la complicité, la solidarité, la vassalisation.
Et que dire de la corrosive dérision ?
Au commencement, le n’importe quoi du grand désordre, cette foire où chacun se laisse aller non à ce qu’il veut, mais à ce qui le traverse, organisation des mille formes de l’informe où s’affrontent tous les ordres lorsqu’aucun d’entre eux n’a encore triomphé et ne s’est suffisamment imposé aux autres pour les détruire, et s’installer comme une nouvelle constitution qui s’impose à l’ensemble, la forme unique, la loi.
Car le désordre n’est que la tentative d’autres ordres de s’imposer, sans qu’ils y parviennent.
Au commencement, la matière vivante, ou au moins la matière voulant vivre, la matière vivante s’acharnant à survivre, la matière vivendi, sans que ce soit pourtant vraiment encore un projet de vivre, constitué selon des règles pertinentes, au commencement la matière vivante donc est agitée de mille mouvements contradictoires et passagers au gré des efforts que les uns ou les autres, les uns et les autres font pour repousser l’emprise de leur voisin, au singulier comme au pluriel et tenter avec plus ou moins de succès de dégager l’espace qui va leur permettre d’exister pour leur propre compte et non pas seulement comme une proie présente ou future.
Un chaos d’occupation de places et de tentatives d’en augmenter les aises.
L’AISE, l’espace vide qu’on a autour de soi, la chose dont on peut user librement, librement signifiant alors n’ayant pas de propriétaire ou bien, bien qu’en ayant un juridiquement de droit ou de coutume, n’est pas de fait dans la pratique, sous le régime de son ordre établi.
Le couple AISE/GENE, c’est la structure et la forme du pouvoir, car le pouvoir c’est la possibilité pratique d’imposer son ordre à autrui, contrairement à l’impouvoir qui est la situation dans laquelle ce projet est pour le sujet, impossible.
Le pouvoir d’avoir ses aises en gênant l’autre, c’est la possibilité de consigner et formater ce qui aurait eu prétention à devenir un autrui avec des droits égaux, mais voit là, abolir cette espérance, espoir, velléité en raison de la force de celui ou de celle qui domine. Parce que le logarque, ou la logarque ce n’est ni une raison de sexe, ni de genre.
Parce que les rapports de pouvoir ne dépendent pas du sexe, même si les sexes ont des rapports de pouvoir.
Le pouvoir d’avoir ses aises en gênant l’autre, c’est la possibilité de consigner et de formater l’autre autrui, et cela s’applique désormais à la matière vivante toute entière en voie de capitalisation marchandisation, celle qui laisse de côté l’ordre précédant et même l’ordonnancement qui en est une version plus complexe et plus civilisée, parce que contrairement à l’ordre, elle ne laisse personne de coté.
Advenir, en imposant son pouvoir à l’autre, aux autres, en assurant ses aises et en infligeant la gêne à un autrui qui de ce fait n’en est plus vraiment un, voilà le projet qui agite la matière vivante sinon consciente ou plutôt certains espaces au milieu d’Elle. ELLLE
Le projet d’exister en imposant son pouvoir à ce qui cesse d’être potentiellement un autrui, voilà le projet qui agite la matière vivendi par plaques irrégulières, hétérogènes et fragmentaires.
Car la vie gagne comme une contagion, par bouleversement fragmentaires et concentriques. Pour le savoir il suffit de regarder la moisissure sur la confiture, les nénuphars sur l’étang, et les révoltes dans la société.
Et par voie de contagion, si on peut parler de contagion pour la vie qui se met en mouvement en rompant avec l’inertie, ce projet s’étend, puisque chaque fois que quelque chose parvient à vivre quelque part, au pourtour, dans les marges, l’attraction du vivant comme lieu du nourrissement, de nourriture et de pillage, se met à animer d’autres vivants ou candidats à le devenir qui à leur tour adviennent et tout aussi bien se défont.
Car c’est un va et vient incessant, un chaos en mouvement.
La vie est mouvement.
L’idée qu’il s’agit alors de réduire l’autre à l’état d’objet n’est pas appropriée dans la mesure où cela laisserait croire qu’on se pense dans cette question comme étant le seul sujet, ce qui n’est pas le cas.
La matière vivante dans l’état antérieur, inférieur aux états d’organisation, d’ordonnancement, ou d’ordre, est alors dans son effort pour se concentrer sur sa pulsion de vie, enfermée dans un hermétisme de négation face auquel toute tentative d’entrer en relation, ne peut être ressentie que comme une agression.
Cette négation, c’est le moyen d’être à l’aise grâce à la formule magique de il n’y a pas qui abolit purement et simplement de manière univoque, TOUT ce qui pourrait être une gêne.
L’ordre de la nature, c’est ce chaos, mélange d’affirmation et de négation, de vide et d’effort de pouvoir, de fragments et de mouvements, mais il n’est le désordre que l’on croit que parce qu’il est affronté à un ordre autre qui réclame pour lui même un ordonnancement présenté, non comme un ordre parmi d’autres - ce qu’il est dans la réalité du monde - mais comme L’ORDRE en général, comme si étant unique, il allait de soi.
Comme un monothéisme s’imposant à l’animisme. Car après tout pourquoi nier la prétention d’autres dieux à également exister également ?
Ceci non comme une proposition religieuse, mais comme une métaphore de la logique présentée lourdement connotée de raison, de bon sens, et d’immédiateté quand ce n’est pas la prétendue garantie de l’intérêt général, alors qu’il ne s’agit en fait que d’une technique d’emprise matérialiste et triviale, au profit d’un groupe dominant déterminé.
Il n’y a pas une logique, mais des logiques. Autant qu’il y a de stratégies du vivant.
La logique en vigueur n’est qu’une petite partie de la chaïque, celle qui fonctionne en termes de logos comme emprise mais dans le vaste monde, il en est bien d’autres qu’il - le logos - laisse de côté.
Notamment tout ce qui se pense en termes de EN.
Le chaos est une organisation plurielle et fragmentaire de logiques diverses qui s’affrontent, s’associent ou se substituent les unes aux autres, en fonction de l’effort des différentes raisons - au sens mathématique de progression – pour survivre au moins et si possible, étendre ses établissements.
Dans la suite des grandissements, la raison mathématique, mais pas seulement, est-ce ce qui permet de passer d’une étape à l’autre ?
La prétention à l’unicité ordonnancée est un leurre du candidat dominant qui s’efforce de persuader ses proies qu’elles font partie du même organisme que lui. Ce qui sera vrai dans la dévoration qui va s’en suivre, mais qu’il anticipe un peu dans sa projection. Sinon il n’y aurait ni spéculation, ni investissement.
L’intoxication, c’est à dire la propagande, n’est pas la seule méthode employée, il y en a bien d’autres : la force, la ruse, le chantage, le parasitisme, le déni, la négation et tout ce qu’on peut simplement appeler le mal quand on n’a pas encore d’autres mots pour penser la chose plus convenablement, ne sachant pas en réalité de quoi qu’elle est faite.
La connaissance ne coïncide pas avec la morale. Ou alors après un important détour qui pourrait bien durer toute une vie.
Le prétendu mal n’est peut être que la version humaine inhumaine d’un processus plus vaste, technique, qui concerne l’ensemble de la matière et le monde vivant n’est peut être pas aussi séparé du monde non vivant qu’il aime à le croire.
Toutes les variantes des états crépusculaires en font foi et sans le logiciel, la biomasse est inerte.
Déstabiliser l’autre, c’est l’empêcher de maintenir son ordre en le sapant en permanence, l’empêcher d’en réparer au fur et à mesure les accrocs, de telle sorte que les structures propres à cet organisme battent dans le vide sans n’avoir plus prise sur rien, sans qu’elles ne puissent plus formater aucun territoire et qu’il soit condamné non à l’impuissance mais à l’impouvoir, c’est à dire à l’impossibilité pratique et technique d’utiliser pour lui même, les ressources du monde.
L’ensemble des pratiques de négation de l’autre, l’ignorance vraie ou simulée de sa présence physique, le refus de lui parler, de l’écouter, de lui répondre, de croire ce qu’il dit de lui même, de ses difficultés, de ses désirs, de ses manques, de ses objectifs, de ses sentiments, jouent sur la dissolution de la personnalité, le rôle que jouent les sucs digestifs dans le processus physiologique de la digestion.
Après l’avoir absorbé dans
Assujettir, asservir, aliéner, trois étapes de la dévoration de l’autre.
Assujettir, c’est rendre sujet au sens paradoxal de dominé, puisque sujet peut aussi bien vouloir dire être conscient et autonome, mais c’est surtout, lorsqu’il a du mouvement, l’empêcher de bouger pour le garder consigné.
Assujettir, c’est faire passer de l’état de liberté et égalité à l’état de l’inégalité statutaire.
Codifié dans le droit, c’est l’établissement de la fermaille symbolisé par le collier, la ferme, le fermoir. En tous cas, la place établie, comme un état dans tous les sens du terme, une fin de la guerre pour établir la paix, prenant en compte les positions gagnées ou perdues, car le Droit, c’est la pacification des rapports de force.
Si la vassalisation est un état de fait qui peut résulter d’éléments extérieurs aux individus concernés, hasard de la position de naissance et/ou situation économique, l’assujettissement ajoute à la vassalisation, la volonté du dominant de dominer et sa ferme intention d’empêcher autrui, d’échapper à son sort.
Dans l’asservissement, un pas supplémentaire est franchi au delà de l’assujettissement et de la vassalisation. Il ne s’agit plus seulement de s’assurer le contrôle sur un autre qu’on souhaite passif, mais d’obtenir de sa part un certain comportement actif. Il s’agit d’obtenir qu’il agisse facilement et habituellement en faveur d’un autre que lui-même.
Il faut alors déplacer la préoccupation de l’assujetti de lui même, vers un hors de lui même. C’est à dire l’excentrer et/ou le décentrer. Et un esprit rompu aux voies que peut ouvrir le constructivisme littéraire pourrait rêver à ce que pourrait signifier des verbes comme transcentrer ou catacentrer pour nommer les différentes tortures qu’on peut faire subir à une personnalité dont on a réussi à s’emparer, en l’investissant et en spéculant sur son inféodation.
Il s’agit cet esprit là de l’excentrer, le décentrer, le
formater ou le reformater pour l’intégrer à un ensemble qui est structuré
autour d’une logique qui lui est étrangère. C’est ce que la grécité nomme ANASKENE
la reconstruction, le rétablissement, la réfutation ou plus simplement le
déménagement. Et la langue russe,
Comme tout ce qui a trait au mouvement, dès lors qu’il en est un vraiment, et non un simple ressassement.
Reste à nommer correctement sur le plan pratique cette opération qui pourrait dans un autre ordre trivialement être qualifiée de dénoyautage. C’est celle là qu’on retrouve dans les fruits qu’on réduit en compote ou en confiture, ou dans le clonage.
La mise à compote et confiture du monde vivant.
Quant à l’aliénation, c’est le processus qui fait perdre la trace mémoire de tout cela, cellla et fait paraître comme naturel des comportements et un statut qui ont été créés de toutes pièces et inventés par un ou des dominants dans un but de fonctionnement précis et dans leurs intérêts.
Mais tout cela n’est pas si simple ni si facile que le rêve le prédateur en contemplant avec convoitise, ce qu’il imagine comme sa proie. En spéculant. En investissant. En élaborant une stratégie consciente ou inconsciente car dans l’intelligence pratique du prédateur, la technique de prédation devient bientôt un automatisme qui ne lui coûte même presque plus d’énergie. Tant il en a l’habitude et le savoir faire.
La liste est longue de tous les tourments qu’il est si
facile, si pratique et si avantageux de faire subir. Au point qu’on a du mal à
croire à la bonne foi de ceux qui n’en usent pas, pour des raisons morales ou
de formatage initial dans la relation avec
Déglinguer, c’est faire cesser d’être brillant, de clinquer, d’être clinquant, et cette clinquance c’est l’état écarlate. La lumière éclatante du soleil.
Dénigrer, rendre noir, triste, sinistre, morose, et sans espoir.
Dépraver vient de pravus, pour rendre mauvais.
Ereinter, signifie déformer en foulant les lombes, faire porter un poids trop lourd, à s’en briser les reins, fatiguer extrêmement, épuiser.
Détériorer dérive de deterior, qui en latin veut dire corrompre dépraver, dégrader, dégénérer.
Déstructurer,
retirer la cohérence de la forme, pour l’ouvrir et pour la pénétrer.
Quant à amocher, et le plus consternant dans un univers poétique où le poème c’est l’action, et l’esthétique le goût, le sentir, le sens lui même….c’est rendre moche, c’est à dire dans la langue des nouveaux venus « masse informe »…
Abîmer, c’est jeter dans l’abîme, dans le cœur de toutes les profondes terreurs.
Démolir, supprimer l’entassement, car le môle, c’est le commencement de la construction.
Exclure, c’est la mise en quarantaine, le retrait de la solidarité qui peu ou prou traverse au milieu des antagonismes, toute la masse vivante. C’est d’ores et déjà une condamnation à mort.
Ainsi toutes ces actions qui préparent la proie à être digérée, bien avant même d’être mise à mort.
Ainsi va la vie, s’il faut ranger dans la catégorie de la vie, les techniques qui permettent de s’assurer du corps et de la substance d’autrui, pour assurer son propre développement, au besoin au détriment de chacun et de tous. Et encore toutes ses techniques ne sont elles que des approches de la prochaine mise à mort et nécessitent elles de conserver encore une distance mentale et physique avec la proie qu’on a investi et sur laquelle on spécule.
Plus violent encore et plus efficace est le squat, l’opération qui permet de soustraire à une économie socialisée qu’elle le soit par le don ou par l’échange, au profit d’une privatisation au bénéfice d’un seul acteur prédateur.
Le duo vire au duel, puis au triomphe unique du squatter, l’économie ne fonctionnant plus qu’à son seul profit. C’est l’équivalent dans l’ordre de la gestation d’une pure et simple NIDATION, cette implantation première de l’œuf dans la matrice maternelle.
Dans la matrice pas encore maternelle, mais qui va le devenir par cet acte.
Et encore le mot accueillant reste à prouver car rien ne dit que cela se passe de façon agréable.
Dans le système logarchique son équivalent dans les concepts grecs serait la notion de SKENE bientôt suivie de celle de CATASKENE, cet établissement précaire, cette hutte, cabane pour s’abriter, avec l’implantation de haut en bas. C’est là le processus même de la nidation, la mise en place, le commencement de l’installation du formatage.
Dans le squat, l’opération de squattage, autrui, après avoir été destitué, est ravalé à l’état de simple gisement de ressources et de facilités économiques. C’est en utilisant sans vergogne cet OIKOS, la maison, l’habitat, l’environnement que le squatter satisfait alors ses besoins, sans aucune distanciation, et en situation de force, de ne procéder à aucun échange.
Le squatter est alors SUR la proie comme l’enfant SUR le sein de sa mère.
La proie devient alors marionnette, poupée, et cela en est l’étymologie même confondant dans la même pulsion téter, tripoter, dévorer et portant en germe tous les abus qui peuvent s’en suivre car squatter provient lui même esquinter à proprement parlé coupé en cinq. C’est à dire finalement débité en morceaux utilisables, grâce au jeu, au sens d’avoir du jeu, mettre du jeu, la faille baillant dans l’ouverture qu’on a réussi à obtenir. Au besoin par effraction. D’abord comme un jeu.
Car la nidation ne peut pas avoir lieu sans une forme d’effraction. Le développement lui même implique l’entaille de la peau. L’entaille dans la peau.
Cherchant à satisfaire ses besoins, et y parvenant sans temps ni espace, sans aucune distance d’aucune sorte, le squatter capitalise pour son propre compte, le décalage entre l’économie socialisée au sens d’organisation collective, et privée, à savoir l’économie politique et l’économie domestique pour autant que cette division ait un sens.
Et ce n’est pas parce qu’elle a jusqu’ici été laissée de côté qu’elle n’en a pas. Bien au contraire, dans un contexte où la mère est niée et sa mémoire refoulée.
Squatter, mettre la main sur les ressources, et ce, sans aucun égard. La souillure est elle inhérente à la prise de possession ?
Imposer son ordre à l’autre, est-ce le souiller ?
Quant à celui ou celle car ce n’est pas une question de sexe, à qui on impose cette marque aliénante de prise de possession, et qui se voit imposer un ordre autre que le sien, il ou elle ne peut donc plus être propre, en propre.
Irait-on jusqu’à dire que s’imposer à l’autre, c’est comme le dit grossièrement certaine expression d’argot lui imposer sa loi comme une mère autoritaire et déplaisante, l’assigner, le consigner, lui faire perdre le sens et la connaissance de ses propres limites et la maîtrise de ses actes, notamment l’excrétion biologique ?
Cela est si vrai que dans les prisons modernes, l’électronique a prévu de déclencher à la volonté des gardiens des effets de ce genre pour établir une domination effective sur la masse prisonnière. Et cela pour s’assurer dans les cas difficiles d’une emprise toute particulière.
C’est inverser la maîtrise biologique, au sens où la volonté de mise en mouvement du corps devient alors extérieure à elle même. C’est établir le dominant comme le logiciel même du dominé, et mettre celui ci dessous. Au sens propre et linguistique, le SOUMETTRE.
Le réduire à n’être plus que la partie d’un tout que le dominant lui même constitue. Et lui seulement.
C’est le placer volontairement dans une position secondaire infantile, le faire régresser du système du tiers inclus, dans lequel il y a place pour la société, quel que soit le nom qu’on lui donne, - celui du père, la loi ou le monde - au système duel, dual même, de la mère et de l’enfant, l’empêchant finalement ainsi de se fermer, d’avoir une forme, d’être lui même pour son propre compte à lui.
C’est d’ores et déjà le placer dans la position de celui ou de celle qui peut être éliminé(e).
Cela établit donc une séparation, un clivage même, permettant une répartition entre la jouissance de l’un et l’impuissance de l’autre.
Celui ou celle qui jouit affirme ainsi sans limite, la forme positive de son être. Cette position, posture mentale s’enracine dans des expériences gratifiantes objectives telles que l’amour de leur propre mère, ou de ce qui en fait fonction ou leurs privilèges sociaux rendant moins ardue leur lutte pour la vie, en tous cas une habitude quand ce n’est pas une manie du plaisir.
De l’autre côté, les autres issus et formés dans des situations plus défavorables que ce soit en raison d’une expérience primordiale malheureuse, soit par une position personnelle plus précaire, quelle qu’en soit la cause, n’ont pas eu l’occasion et la possibilité d’établir leur personnalité autour et pour le compte de leur être propre. Mentalement timides, ils sont en situation de subir les déjections des autres, sans même parfois pouvoir les identifier comme telles, et encore moins se les représenter.
La situation n’est peut-être pas pourtant aussi inégale qu’on pourrait le croire et le craindre, car lorsque survient le choc d’une réalité déplaisante aux dominants, ceux ci peuvent, comme s’il s’agissait d’un crime de lèse majesté, la nier éperdument dans la mortelle pétrification de tout leur être.
Cette faillite personnelle se produit d’autant plus qu’il ou elle n’ont de cesse d’étouffer la réalité et la contestation qu’il peut y avoir autour d’eux, transformant tout en litière pour améliorer leur propre assise.
La langue est depuis longtemps au courant de ce « faire litière ».
Ce sont des gens dont on peut dire que socialement et culturellement ils ne manquent pas de culot. Et qu’est-ce que ce culot, à la racine, sinon leurs fesses qu’ils n’hésitent pas à arborer pour intimider autrui, et s’asseyant dessus, les posséder, au sens littéral ?
De leur côté au contraire, les dominés plus rompus à la situation d’impuissance résultant du fait d’être niés, auront eu eux, tout le temps sinon le loisir, d’intégrer la réalité et la dépression plutôt que la pétrification des dominants, leur dégagera non seulement un espace pour être moins opprimé - et le mot lui même le dit - mais aussi et surtout l’espace et le lieu nécessaire pour se fabriquer à nouveau, une adaptation à la réalité nouvelle qui a émergé.
Les dominés sont donc par expérience plus aptes à déclencher les métamorphoses dont sont incapables les dominants finalement pétrifiés dans la bonne image qu’ils ont d’eux mêmes et qui a d’abord été confortée par leurs succès rencontrés.
Se nourrir d’autrui, trouver dans les ressources de l’autre les moyens de satisfaire ses besoins, est d’autant plus facile qu’on en a par expérience l’habitude atavique. La nidation va de soi à qui s’est toujours fait cajoler.
L’autre n’en a pas même l’idée. De profundis clamavi…
Dans cette perspective se faire admettre est la première opération logistique. Il s’agit D’EN ETRE, pour émarger sur la liste des bénéficiaires de cette curée-là.
A cette nidation implantation dans la matrice nourricière, fut ce dans un autrui tout entier, produit de l’opportunité et de la quête, succède alors ce qu’on peut appeler si on est familier du constructivisme littéraire, la logarchisation à savoir l’inversion, le renversement, la prise de possession, le formatage de la nome appropriée et organisée.
NOMOS cet ordre, loi, gestion qu’on retrouve si bien dans la vie économique et relationnelle, peut-être une seule et même chose, le commerce et la négociation. OÏKOS, le logis, l’habitat, l’environnement, et dans le cas de la nidation parasitaire, par extension, la matrice elle-même. ECONOMIE.
Comment ne pas s’interroger sur la bijectivité de la notion d’HOTE, puisque le même mot désigne à la fois celui qui reçoit et celui qui est reçu, sans doute parce que vient un moment où on ne sait plus qui a le pas sur l’autre…
C’est là que cela a lieu. Cela, ça, cellla.
HOTE. Ne rode pas si loin l’hostilité, le fait même d’être ennemi et de pouvoir en tant qu’otage voire hostie, servir à la dévoration. La cannibalisme menace et il faut toutes les règles sacrées de l'hospitalité pour en juguler la terreur.
Ainsi va un monde qui n’a rien de rassurant et il en faut des rites et des mythes, et de la littérature pour l’apprivoiser. Le rendre habitable. Grâce à tout son attirail d’habitudes. Son bagage, son armure, son costume, son équipage. Et jusqu’à son matériel cybernétique.
Mais l’approvisionnement, là, c’est le moyen et le lieu de l’émergence, point de passage pour la participation à la biomasse dans le désordre de la chaorganisation, puisque c’est ainsi qu’on peut nommer l’état naturel.
Au commencement l’affirmation de son être en tant que soi.
Soi, en tant qu’être-en-soi, soi comme premier, principe, principal et le reste comme secondaire, car le monde, se limite alors à la dualité. Soi et un resté dénié.
Un ordre s’impose. Une ordination. Une ordonation. Un ordinateur en tant que logiciel. Et ce n’est pas seulement un calculateur. La langue française qui s’est gardée d’utiliser ce mot, le sait très bien.
L’établissement de cet ordre permet aussi l’installation de l’habitude. Un aménagement pour se ménager. Un attelage. Quitte à biseauter.
Biseauter : tailler en biais pour pouvoir adapter. Là, biseauter l’autre pour l’adapter à soi, car il n’est pas question de le considérer comme un autre qui serait un égal et avec lequel on établirait un ordonnancement permettant à chacun de vivre ce qu’il est.
Soumettre l’autre pour s’affirmer soi, c’est au commencement et par biseautage, transformer la matière organisée en ce qui sera plus tard un être-lieu et cela dans le cadre qui le permet, à savoir la logonomie, son univers mental et la logarchie, la forme de pouvoir qui l’accompagne.
Ainsi l’organisme qui s’affirme en refoulant autour de lui ce qui pourrait lui faire concurrence dans l’accès aux ressources, se concentre-t-il sur son projet d’investissement, sa spéculation, sa surveillance logistique comme il fait le guet, espionne peut-être, en tous cas toutes les techniques et tactiques qui relèvent de l’art de la guerre.
Avec l’art de la prédation, l’économie, la différence n’est pas si grande, du moins dans le monde naturel, celui de l’émergence et de la consolidation du vivant.
Au commencement l’art de la guerre, celui de la prédation, du vol, du viol, de la violence omniprésente, même parfois dans la simple coalescence car bien souvent elle est le prémisse de la nidation.
La coalescence prémisse de la nidation. L’art de faire donner à l’objet ce qu’on attend de lui. Et encore le mot d’objet n’est il pas le terme adéquat parce qu’il s’agit dans cette réalité là de quelque chose de beaucoup plus rustique et trivial, alors que le mot objet implique déjà l’existence d’une certaine mise en forme. D’un certain formatage.
Faire donner à la chose serait alors une formulation plus juste. Faire donner à la chose, non ce qu’elle a à donner, mais ce qu’elle a à donner. Merveille de cette langue qui parvient à dire tout et son contraire. Exploit linguistique, littéraire et intellectuel. Parole d’écrivain mettant le doigt sur l’angle mort du monde, l’espace de l’invisibilité, le lieu de tous les détournements, pour ne pas dire de toutes les exactions.
Exercice de modestie plutôt de la difficulté de
débroussailler des questions nouvelles. Souvenir vénéré de Magellan et
d’Ambroise Paré, ces novateurs de la mondialisation cybernétique.
Faire donner à l’autre non ce qu’il a à donner, mais ce qu’il a à donner.
Non ce qu’il a à donner de lui même, pour être lui, au monde, dans l’échange du soi, le sien avec le monde, avec l’autre, avec le vivant même en la société des plusieurs, mais ce qu’il a à donner pour être utile, utilisable à qui spécule sur lui, projette, l’entoure de tous ses soins, l’investit.
Capitalisation, hubris, inversion. Trois concepts qu’on pourrait en considérant ensemble des ordres différents, qualifier d’homothétiques.
Capitalisation, hubris, inversion. En tous cas trois cas de la tentative inouïe de bouleverser l’état des choses, dans un brutal, risqué et guerrier renversement.
LE RENVERSEMENT.
Capitalisation, hubris, inversion. L’opération n’est pas si facile qu’il paraît. Elle requiert de la technique et une farouche décision. Celle de ne jamais se mettre en cause, pour être toujours hors de cause. Celle de ne rendre jamais de compte, pour être seul ou seule, car ce n’est pas une question de sexe ni de genre, pour être seul ou seule, à être pris en compte.
Capitalisation, hubris, inversion. Pour être le seul ou la seule à compter.
Le refus de se mettre en cause signifie le refus d’être un objet de débat, pour se maintenir de façon dogmatique en dehors de, dans la position mentale du HORS, celle qui ravale et cantonne tout le reste à rester EN.
C’est la logarchie extrême qui abolit toute possibilité de contestation. Le refus absolu de PRENDRE EN COMPTE.
Le refus d’être mis en cause comme celui de prendre en compte sont deux versions de la même volonté de maîtrise de la séparation à sa seule initiative. C’est le refus de l’autonomie de l’autre qui pourrait en y ayant également accès, se constituer lui ou elle aussi, pour lui même, comme un organisme individué.
La maîtrise de la séparation est la clé du formatage, de la mise en forme, de la mise en place. C’est d’ailleurs ce qu’il faut pour dresser les chiens. Là il s’agit de dresser la matière vivante à rester en position de vassalité, de secondarité, d’accessoirité, de féodalité. A perpétuité. Dans un ordre immuable. Celui qui fabrique les logarques et les êtres-lieux.
Dans la négation de l’autre, la passivité et pire le masochisme sont des attitudes qui facilitent la collaboration avec la volonté du - ou de la totalnitaire - car là encore, ce n’est ni une question de sexe, ni une question de genre, d’établir la totalnité.
La passivité et le masochisme sont des attitudes qui aboutissent à faire corps avec lui ou avec elle, mais qui se ramènent toujours en fin de compte à une ELLE, ELLLE symboliquement maternelle, car la fusion est toujours la réunion avec la mémoire de la mère. La mémoire portée en soi, non pas à l’état de trace ou de nostalgie, mais bien plus souvent comme un tropisme vers le magma.
N’avoir pas la maîtrise de la séparation, c’est être en permanence dans le tropisme de la fusion avec elle, ELLE, ELLLE grande forme à côté d’un soi qui ne parvient pas à se maintenir, mais se dilue plutôt comme une buée dans laquelle la matière vivante est comme n’étant jamais née.
C’est demeurer ou retourner à ou dans un état d’indifférenciation qui n’est pas l’indifférence, mais seulement l’état de la matière juste avant le commencement de sa constitution en organisme indépendant, lorsqu’elle encore inorientée et polaire.
Ainsi peut-on être et demeurer de façon permanente dans ce que recouvre le vocable ON, dans son aspect négatif, le lieu de toutes les confusions.
Et c’est cet espace là qui permet de passer de l’être à l’avoir, et de l’avoir à l’être. Car c’est le lieu de la substitution des personnes, puisqu’on peut dans ce magma s’imaginer être à la fois soi et l’autre. Un soi qui n’est pas encore un soi-même, le besoin de préciser ce terme de soi-même indiquant qu’il ne s’agit pas tout à fait de la même chose que le soi et que la redondance n’est qu’apparente.
Dans cet espace les rôles ne sont pas encore répartis. On est encore dans la gestation du formatage, avant même sa gestion.
Le ON est le tube digestif de la dépersonnalisation, l’assimilation de ce qui l’est et le rejet de ce qui ne l’est pas. La séparation entre ce qui peut être UTILE à soi, pour devenir un soi même et ce qui ne l’est pas et peut être laissé pour compte. Et va être laissé pour compte.
En termes de ON, on est avec la pensée néonatale spontanément dans celle de l’utilité. Pensée digestive transformant le monde hétérogène en homogénéité excrémentielle. Spontanément signifiant là, la nécessité primordiale, celle de l’alimentation, parce que c’est la survie et son corollaire, la décheterie.
L’utilité est la valeur fondamentale de la bionomie. Il s’agit là de rendre utile la matière vivante. En réalité, c’est cela depuis le commencement, mais les techniques modernes permettent de moderniser l’extraction économique.
L’utilité est une abstraction économique et philosophique parce que dans la réalité c’est d’une trivialité dont il s’agit : L’utilisation. Une exploitation physiologique immédiate sans, l’expression est à la mode : se prendre la tête. C’est à dire sans avoir recours à la réflexion et encore moins à la pensée, mais en fonctionnant, et là c’est bien le mot qui convient à l’instinct, ce nom global des pulsions.
C’est l’argent qui permet une représentation de la valeur, l’introduction d’un troisième terme par la possibilité d’un choix, c’est à dire une certaine distance par rapport au monde. Mais il ne fait que représenter l’utilité. Il est ce qui en permet le fonctionnement rationnel et logique.
La rentabilité est un perfectionnement de l’utilité.
Le taylorisme, l’art abstrait, la bionomie, cette gestion de la matière vivante et le technicisme totalitaire, l’ont marginalisée. Car l’utilité a davantage trait à la pesanteur du corps que la rentabilité qui s’accommode fort bien de la virtualisation de la rentabilité cybernétique.
Le progrès technique lorsqu’il s’autonomise sans être contrôlé par un projet humain, et qu’il roule pour son compte, c’est la machine. L’instinct rationalisé à l’état pur. Et l’énergie qui traverse les corps vivants, cette électricité mère des impulsions est aussi ce qui fait fonctionner les machines.
La pulsion, l’instinct, c’est déjà le monde de la machine.
Mais il y a entre la pulsion de mort et l’instinct de mort, la même différence qu’entre le nihilisme et le négationnisme. C’est que la pulsion et l’instinct ne sont pas tout à fait la même chose.
La pulsion de mort peut être une nécessité biologique, car la lutte pour la vie peut rendre nécessaire dans certains cas d’éliminer une concurrence trop menaçante pour l’être concerné. Le nihilisme en est une dérive qui a à voir avec cette impasse désespérée lorsque toutes les autres voies ont été sans succès explorées.
Il n’en est pas de même du système idéologique du négationnisme qui est le triomphe de l’instinct de mort pour établir à priori et non comme une dérive, un univers dominé par la mort.
A la naissance, la vie humaine n’est pas complètement donnée dans ses possibilités de fonctionnement. Il faut au rejeton humain en plus de la fabrication matérielle, physique, physiologique de la matière vivendi, que ce corps objectivement né, reçoive un certain nombre de soins pour pouvoir véritablement fonctionner, au sens d’être, cette fois, tout à fait vivant.
L’agneau qui n’est pas reconnu et adopté par sa mère, faute d’avoir accès à une source de nourriture et de soins, meurt. Pour qu’il n’en soit pas ainsi, il faut non seulement qu’elle l’allaite, mais avant même cela, qu’elle le lèche pour l’enduire de la substance protectrices des diverses agressions qui le menacent physiologiquement.
Pour le petit de la femme et de l’homme, il faut pour que sa vie soit possible, de surcroît l’apprentissage de la socialisation qui se fait par l’éducation. Et peut-être en les regardant de plus près, verrait on qu’il en est de même pour beaucoup d’animaux.
La chatte mère montre à sa portée l’art de se faire les griffes sur le bois du fauteuil, la recherche de la nourriture dans l’auge de la cuisine, le soulagement dans le coin de sable des toilettes, et même, sans trop y croire elle-même, comment, embusquée sur le balcon, après avoir fait le guet, spéculé et investit, on peut parvenir à s’emparer d’un oiseau naïf.
Il y a bien là des rudiments d’éducation et de socialisation. Et même à l’échelle féline domestique, une éducation tout court. Car la chatte mère a transmis là tout ce qui était nécessaire pour survivre dans ce milieu là.
A savoir la vie même.
Dans ce contexte, ce que la psychologie appelle la perversité et la morale le mal, peut être considéré autrement que comme le trou noir de l’incompréhensible projection sur le fond noir des Abysses.
L’individu pervers quel que soit son sexe, est celui qui n’a pu assimiler aucune éducation soit qu’il n’en ait jamais reçu ou reçue pu la faire sienne, soit que pour une raison historique ou personnelle, il l’ait perdue.
La perversité, c’est la pulsion vitale à l’état brut, quand elle n’est pas encore complètement installée, qu’elle est dans sa rage une pulsion d’avidité, d’engloutissement sans aucune règle, sans perception d’un avenir quelconque, ni même de la simple temporalité.
La pulsion d’avidité, ce n’est encore ni la faim, ni le désir, ni le manque, ni rien de ce qui peut-être d’une façon ou d’une autre ordonnancée ou ordonnée au sens où l’ordonnancement prend en compte les besoins et l’existence de tous les protagonistes, alors que l’ordre ne s’intéresse qu’au formatage imposé par le dominant et principalement, sinon exclusivement à son profit.
La pulsion d’avidité n’est pas non plus le souffle qui se distingue de l’âme. L’âme étant la circulation commune du vivant, alors que le souffle n’en est que l’individuelle fondamentale machinerie. Un souffle en action, tourné vers l’extérieur. La soufflerie de la gueule. L’haleine même du vivant.
La pulsion d’avidité, c’est le besoin brutal et sauvage de dévorer autrui qu’on ne sait pas encore être tel, pour repousser sa mort à soi. Serait ce pour cela qu’on l’observe chez ceux qui sont dans l’insécurité personnelle psychologique ou sociale, mais pas exclusivement ?
La pulsion d’avidité, c’est le besoin de dévorer pour retarder sa propre mort à soi par tous les moyens, et la nommer perversité est peut-être la connecter abusivement à l’univers mental.
Quant à la nommer le mal, ou à la créditer hors de propos
de l’espoir de la neutraliser dans la mesure où on se situe là dans un univers
primaire, primordial, premier, nécessairement le soubassement de toute la personnalité,
c’est inadéquat. En la matière, il est vain et faux de dire que faire avec,
c’est faire sans….
La pulsion d’avidité, c’est la barbarie de ne pas parler la
langue, ne pas connaître le code ni la grille de symbolisation. Aussi bien au
sens figuré qu’au sens propre comme le disait si bien les aïeux On ne parle pas la bouche pleine.
C’est qu’il y a là entre ces deux opérations une incompatibilité fondamentale. Est-ce le manque qui crée la parole ? Que dire alors de la littérature ?
Cet état primaire de grande et brutale avidité invalidant toute autre perspective que celle du comblement, n’est - et hélas pour lui - plus celui du fœtus qui n’a d’autre souci que de se laisser nourrir passivement et purger de ses déchets par le canal-mère, le cordon ombilical, mais déjà celui de l’enfançon, le nourrisson, qu’il faut pourtant encore alimenter tant qu’il ne peut le faire par lui-même.
Ce besoin féroce, c’est la pulsion d’avidité qui se déchaîne lorsqu’un ordre, interprété à tort ou à raison comme l’ordre lui même, se rompt, dans la mesure où il lui faut alors subvenir à ses propres besoins, sans en avoir nécessairement, ni les moyens, ni l’habitude, ni même le goût.
Cette absence de goût ayant à voir avec la facilité du parasitisme.
Le besoin de dévorer est alors démultiplié par l’angoisse de ne pas parvenir à satisfaire ses nécessités et elle s’approche de l’angoisse de mort.
Est-ce pour cela que les pervers ont parti si intimement lié avec cette dernière, à tant aimer la mettre en scène, dans la mesure où eux-mêmes y étant en proie ont sans cesse besoin de l’exorciser ?
Notamment pour se convaincre que ce sont bien les autres qui vont mourir et non eux-mêmes.
Pervertir étymologiquement c’est verser au delà, abolir la règle, la frontière, la limite. Bref transgresser…
Pas nécessairement dans un but de gaspillage. Peut-être seulement pour manger plus commodément, plus confortablement, cette commodité impliquant de défaire la structure qui contient, enferme et maintient enfermée, la substance objet de la convoitise.
Mais c’est toujours défaire ce qui est, pour privilégier son intérêt à soi, s’imposer soi, comme le sujet principal, au centre, en posture de domination, de couverture, de couronnement, voire même à la limite, et avec la durée, en position d’unicité.
Etre l’unique, pour croire être, pour parvenir à être.
La perversité, c’est la propension à défaire la structure pour avoir accès à la substance en ordre dispersé, c’est à dire antérieur à l’ordre qui a été là précédemment instauré. C’est détruire la forme de l’œuvre de l’autre, c’est à dire son œuvre, son AGIR même.. C’est le priver de sa parole et de son organisation biologique. C’est lui retirer son poème en tant qu’action.
Dans ce sens, la perversité n’est pas l’exception du fonctionnement social et personnel qui doit être et demeure interdit, si on veut que la société, non seulement fonctionne en tant que construction cybernétique, mais se développe. C’est au contraire sa base, pour ne pas dire son essence.
C’en est au contraire le comportement premier, primaire, primal, primordial. C’est à l’état naturel, le comportement du nourrisson pour qui tout est proie. Une proie ingérée sans autre règle que la satisfaction brute et brutale de l’avidité.
La perversité, c’est l’innocence de la dévoration, la bonne foi de la bouche qui ingère, digère dans une satisfaction tranquille des besoins et n’a pas l’idée de ce qu’il conviendrait de faire ou de ne pas faire.
La perversité n’est pas une dégénérescence mais au contraire une absence de formation au grandissement, même si il peut arriver que ce soit ponctuellement un retour à un stade de développement antérieur, en raison d’événements personnels et/ou historiques qui n’ont pas pu être surmontées.
La perversité refuse d’attribuer à l’autre le même statut qu’à soi-même.
C’est le refus de l’égalité ontologique. C’est l’instauration d’un lien univoque qui ne peut être ni renversé, ni même simplement modifié, et dans lequel l’autre n’est pas un autre permettant de se faire une représentation de soi, mais une poupée, une figurine, une marionnette, un mannequin, un stock, un morceau qui sert uniformément à satisfaire tous les besoins, une sorte de sein, déconnecté du monde et même du corps auquel il appartient et avec lequel il fait corps.
Les pervers parviennent toujours à renverser la situation à leur profit sans jamais se laisser mettre en cause, parvenant à extorquer aux autres ce qui leur ai demandé à eux. Même lorsqu’ils en sont redevables, et surtout lorsqu’ils en sont redevables. C’est leur victoire intime et c’est leur joie.
Ce sont ceux qui occupent les deux places et les rendent parfaitement interchangeables de telle sorte qu’ils puissent toujours occuper la meilleure. Ils cumulent ainsi toutes les gratifications en laissant à l’autre, aux autres la charge de la production de ce qu’ils entendent consommer.
Ainsi les individualités perverses excellent-elles à transformer les actes de générosité en conflit et l’amour en hostilité.
Elles en jouissent. Terriblement. Pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur pour elles-mêmes et le pire pour les autres.
C’est en cela entre autres, qu’elles sont perverses. Il faudrait mieux dire pervertissantes…
Pervertir est-ce l’essence de ces êtres qui n’ont pas réussi à s’instituer ou qui n’ont pas pu l’être et qui ne parviennent pas à faire de différence entre eux et le reste du monde ?
En ce sens individualité perverse est une locution hors de propos puisque justement, il n’y a pas d’individuation.
Suant la haine et incapable de se la représenter, démuni d’une imago mundi qui leur permettrait de prendre et de garder un peu de distance, éprouvant des affects qui ne parviennent pas à s’élaborer en sensations, en proie à des terreurs dont ils ne comprennent pas la cause et dont ils ne voient pas comment émerger, ces êtres là sont obligés pour ne pas s’effondrer complètement, de transformer leur entourage en quelque chose qui leur ressemble et qui devient peu à peu eux-mêmes.
En quelque sorte qu’au lieu de s’y adapter, il digèrent leur environnement. Ils inversent le cours du monde et de l’évolution, d’où au sens propre, leur désinvolture … Leur apparente désinvolture.
La désinvolture de l’ogre, à qui rien ne résiste.
Ainsi sont ils assurés d’avoir toujours leurs aises. Ils sont en permanence dans l’essence totalitaire.
Les pervers désirent la fusion parce qu’ils sont incapables de vivre en tant qu’être individués. De vivre en tant qu’individu avec en face d’autres individus. En ce sens ils sont seuls au monde. Et le paradoxe est qu’ils ont néanmoins constamment besoin des autres pour pouvoir les dévorer.
Mais ils craignent de se perdre dans cette fusion. Et comme avec raison, ils la redoutent, ils vont tout faire pour que l’autre, il ou elle, s’adapte à eux, sans qu’à aucun moment ils ne renoncent à ce dogme de supériorité absolue, supériorité qui ne repose sur rien d’autre que l’intime conviction qu’ils en ont.
Intime conviction, qui celle là n’est jamais sujette à révision.
Intime conviction personnelle confondue avec l’ordre du monde qu’ils sont bientôt persuadés d’édicter, sans même supporter ni comprendre qu’on puisse les contester. Ce qu’ils éprouvent comme un crime de lèse majesté.
Le crime de lèse majesté, voilà ce qu’ils éprouvent lorsqu’on les met en question.
Car la question est pour eux réservée pour eux-mêmes. Entendons par la question le droit de mettre l’autre à la torture pour lui extorquer des informations. Et la collecte de ces informations étant réservée pour eux seuls.
Ce qui dans leur esprit se justifie puisque c’est à eux de gouverner le monde.
Les pervers sont des dévorateurs hors la loi qui s’enracinent sur le terrain mental d’un en deça de la loi.
La perversité, c’est l’asocialité fondamentale, c’est à dire celle qui est installée en fondement, fondation, fonds, fond. Ce n’est même pas le chaos qui n’est que l’organisation naturelle de la nature où, dans le désordre complet des liens complexes et multi-connectés, chacun même dans l’inégalité, a sa chance.
Face à la perversité la proie n’a aucune chance d’en réchapper.
La commutativité, c’est à la fois ce qui a trait à l’échange, au sens où on nomme commutatif le contrat dont le résultat est connu d’avance, à l’inverse du contrat aléatoire dont l’incertaine issue peut modifier la suite des événements, mais c’est aussi mathématiquement parlant une opération dont le résultat est invariable, quel que soit l’ordre des facteurs. L’addition est commutative.
La personnalité perverse, la personne perverse additionne constamment l’être de l’autre au sien propre, sans plus de cérémonie, et surtout sans cérémonie. Car elle serait déjà la reconnaissance de la nécessité d’une formalité. Or il y a dans cette univers digestif trop d’avidité pour avoir le temps et le goût de la mise en forme.
Et faute de forme et de cérémonie, tous les courts circuits.
CA/LA le lieu de la connexion, le lieu de la mise en relation des circuits.
CA, CA/LA, c’est là que cela se tient, dans la projection sur ce qui n’est plus autrui, mais aurait pu l’être, du lien à la mère.
Là, ça, cela, celllla va de soi. Du soi du commutateur. Cet appareil éventuellement électrique qui permet de mettre les différents circuits en connexions.
La prédation, c’est la loi de la quête de la nourriture, celle du nourrissement. La perversion, c’est celle de la digestion et de l’homogénéisation. La distance entre les deux n’est pas si grande que cela.
Les personnes perverses cherchent à repousser et enfreindre et repousser encore les limites établies qui sont celles de la société, ou celles qu’ils s’étaient pourtant à eux-mêmes préalablement fixées.
Il ne s’agit pas seulement de déstructurer pour ouvrir la voie au prélèvement et à l’assimilation, ce qui est le cas dans tous les cas de dévoration, mais aussi et surtout de prendre en compte l’exigence de faire fondre, au sens de rendre liquide, pour que l'autre, liquidé, ne soit pas.
Pour que l’autre ne soit pas comme ayant été dévoré et laissant fut ce seulement quelques restes et quelques traces, mais qu’il ait disparu, fut ce par la dévoration, un moyen comme un autre, quoique le plus facile, pour être comme n’ayant jamais été.
Il s’agit alors de s’émanciper de la nature naturelle de la vie vivante au profit d’une construction raisonnée.
Or le chaos du monde vivant n’est pas raisonné, n’a pas de logique, pas d’ordre. Il s’agit d’y établir le vide, ce qui n’est pas l’état naturel, et l’adage le dit bien La nature a horreur du vide.
La nature, si on entend par ce terme le monde vivant, la nature du monde vivant, c’est le trop plein.
En établissant la connexion entre les différents circuits du vivant, en se branchant comme disent les plus modernes d’entre eux, la ou le commutateur instaure la communication qui va renverser l’organisation du monde d’un trop plein vers le vide. C’est en cela qu’il y a renversement et transgression soit abolition.
Dans l’abolition il s’agit de ne plus sentir, de supprimer les contraintes prégnantes de l’esthétique. Elle est une gêne parce qu’une obligation qui empêche d’avoir ses aises. Et de surcroît, elle relie de façon hiérarchisée à ceux qui l’ont transmise.
Si ce n’est pas toujours le cas dans leurs commencements, les pervers finissent par sombrer dans le mauvais goût.
Les pervers ne peuvent pas être cernés, ils organisent autour d’eux un glacis gris de protection où toutes les confusions sont possibles. Invisibles ils ne peuvent pas être cernés, et encore moins concernés puisque dans leur univers mental il n’y a pas d’autre.
Le pervers n’accorde pas de valeur à l’amour qu’on lui porte. Non que cela n’ait pas d’importance pour lui, mais il est tellement imbu de lui même que cela lui paraît aller de soi.
Ce qui le préoccupe, c’est de tirer parti de cet amour, d’en recueillir de l’admiration pour grandir lui-même à ses propres yeux en utilisant, rentabilisant et capitalisant ce qu’il a extorqué à l’autre qu’il phagocyte et digère pour en faire les déchets homogènes et calibrés.
Prisonnier dans son ventre, contraint en forme de bâton qu’il retient ou expulse à sa volonté, pour le pervers l’autre n’a, et ne doit avoir aucun pouvoir. La séparation ne doit jamais être à l’initiative de l’autre, ce qui lui permettrait de s’établir sur et de devenir lui-même un sujet capable de conjuguer le verbe ester pour pouvoir non seulement être, mais aussi et surtout, au sens juridique, capable d’engager une action pour faire reconnaître ses droits. Son droit.
Son droit à être...
Son droit à être si c’est l’article premier de
Son droit au sens d’affirmation. De firmer. Constituer sa propre firme. De fermer. Au sens d’affirmation juridique d’avoir un statut, une forme, un état, une constitution. D’être fermé dans ses positions pour n’être plus ouverts à tous les vents.
Bref d’être, sans n’être que la matière vivante à l’état latent. D’être au sens de ester, se tenir debout se dresser, comme dans la station, la statue, l’état, l’institution, la constitution, cette forme juridique et plus encore lorsqu’il a fallu réparer les dommages, la restitution.
Pour le pervers, d’autre, il ne doit pas y en avoir. Amoureux de lui-même, le pervers est seul au monde avec ses productions physiologiques, ses superproductions.
Le pervers ne cherche pas nécessairement à installer l’autre dans la position, voire même la posture de la victime, mais bien plutôt à l’abolir, à faire qu’il soit comme n’étant pas. L’objectif n’est pas qu’il souffre, mais qu’en tant qu’autre, il ne soit pas.
Qu’il ne soit pas, pour que d’autres, d’Autre, il n’y ait pas.
Ainsi lorsqu’il donne à sa proie le choix entre plusieurs morts, l’objectif n’est pas forcément comme on pourrait le croire de prime abord, de tourmenter.
A la limite, la personne perverse peut croire à son esprit de concession et même à sa bonté.
C’est que les différentes possibilités lui conviennent et que le choix qu’elle donne est perçu par elle comme un bienfait, une générosité, une ouverture d’esprit tant elle est imbue d’elle même, sûre d’être la maîtresse du monde.
Le pervers est sûr d’être le maître du monde.
Le maître du monde, de la création et de la vie. A la place de. EN PLACE DE…
Ne pas croire au mal, est-ce soutenir l’idée que le pervers n’a pas comme objectif de faire souffrir l’autre, mais plutôt que n’ayant aucune idée de ce que cette notion pourrait bien signifier, il ne s’intéresse pas à cet aspect de la question ?
Il n’est ni immoral ni amoral, mais prémoral.
A la limite encore, on pourrait même dire que l’abolition de l’autre et du monde n’est pas en tant que tel son but, mais plutôt pour lui une technique nécessaire pour maintenir la fiction dont il s’est enivré et dont il peut d’autant moins se défaire, au fil du temps et des expériences, qu’il n’a pas pris la peine de prendre appui sur elles pour apprendre la nécessaire sublimation des frustrations.
Ce que le pervers veut au bout du compte, c’est la fusion avec l’autre. Et il se trouve qu’en état de fusion, il n’y a pas de place pour l’autre, comme il n’y a d’ailleurs pas de place non plus pour lui-même.
Il n’y a pas de place pour les autres dans sa vie à lui ou à elle, mais il n’y en déjà pas pour eux mêmes.
La disparition de l’autre n’est pas en soi le but de ces manipulations mentales, mais une simple conséquence technique, pour ne pas dire mathématique du projet de fusion.
Mathématique, au sens de la possibilité de la calculer.
Sur ce terrain là, le ou la pervers(e) pourrait même être presque de bonne foi, si cette notion dans ce cadre avait un sens, et déplorer cette disparition de l’Autre à laquelle il est obligé de procéder, parce que son projet, c’est la fusion, l’intégration, l’ingérence, l’ingestion, la gestion, la gestation….
Ce qu’il ou elle veut, c’est prendre la place de sa mère et s’adjoindre lui même ou elle même à cette entité qu’il ou elle serait parvenu d’abord à occuper.
Le vocable d’abord n’est pas là bienvenu, car c’est plutôt le mot ENFIN qui conviendrait puisque c’est in fine, le but de l’opération, toute son énergie étant tendue vers cette réalisation dont il ou elle escompte à tort ou à raison la fin de la tension qu’il ou elle éprouve à être séparée d’elle - la mère au sens large - sans que cette tension trouve à prendre une forme qui permette en la rendant acceptable, de la supporter.
A tort ou à raison, l’escompte de la fin de la tension.
La fin de la tension déjà comme un état précédant ne serait ce que la sensation.
Des sentiments, il n’en est pas question, c’est un monde inaccessible.
A tort parce qu’il est peu probable, qu’en dehors de ce que Bruno Bettelheim appelle les situations extrêmes, l’autre autrui va se laisser faire et consente à collaborer définitivement à ce projet de destruction sans qu’il y ait jamais aucune remise en cause et demande de compte.
Avec raison tout de même, car l’attaque incessante et machinique qu’il ou elle fait de la personnalité indépendante d’un autrui constitué en sujet, finit presque mécaniquement par dégrader l’autre en question, même s’il parvient à instaurer de la distance, parce que ce n’est pas immédiatement qu’il va pouvoir prendre conscience de ce qui lui arrive et d’autant moins que le lien aura été plus ou moins solidement, et depuis longtemps, établi.
Le ou la pervers(e) réduit l’autre à l’état de machin/machine innommé(e) s’installant lui même dans un rapport fusionnel avec sa mère avec qui il ou elle joue à tour de rôle les deux rôles, celui de nourrisson et celui de la mère nourricière.
Il ou elle occupe toutes les places, il ou elle est partout…
Echouant à créer véritablement de la vie à la place de la mère, il en est réduit à inventer des machines qui créent de la vie artificielle.
S’invente un monstre sans nom lorsqu’il n’y pas de tiers. Frankenstein le sait bien, et la littérature et la mythologie encore bien davantage puisqu’on a confondu le nom du créateur de vie et de sa créature. Réaplatissement complet de la génération.
La machine, c’est à l’origine un expédient, une ruse de guerre.
Le fol espoir du ou de la pervers(e) est de parvenir à être le deus ex machina pour artificiellement se séparer, parce que dans l’ordre du vivant, il n’a pas réussi à s’individuer.
A s’individuer dans l’ordre du vivant.
Il est alors le dieu de la scène machinique d’un monde déshumanisé réduit à sa pulsion de machine.
C’est le triomphe de la pulsion technique dans un univers déshumanisé et voire même désanimalisé, c’est à dire au fin de compte, dévitalisé.
Les pervers ne fonctionnent pas sur le mode du désir qui signe une certaine distance grâce à l’élaboration culturelle, mais plutôt sur le mode de la concupiscence qui exprime un AVEC plutôt qu’un LOIN DE …
Car le désir indique l’idée d’un loin de, la polarisation de l’attention et du tropisme vers un objet absent ou au du moins éloigné de soi. Le désir est l’élaboration d’un besoin et d’un manque impliquant une stratégie, l’organisation d’une manœuvre pour se rapprocher de l’autre dans le but au mieux de parvenir à ses fins, ou au moins de réduire la tension qui résulte de la distance. Le désir implique la prise en compte des habitudes et comportements de l’objet absent, dans le temps comme dans l’espace, c’est à dire en rapportant la chose à la trivialité et en la dépouillant de son contexte civilisé, une structuration en forme de chasseur et de proie.
Un lien articulé dans une forme.
La problématique de la proie et du chasseur établit du même coup tout ce qui les sépare et les réunit, les organise, les structure en les intégrant dans un ensemble plus vaste.
Essayer de tout avoir, d’avoir tout et à moindre coût est un résumé cru de la logique économique de base.
Il n’est même pas besoin d’ajouter et au besoin en l’extorquant, car cela, c’est le refoulé de l’économie. Ex torquer, d’en dehors de la torque, le collier, la fermaille, la ferme, le statut, la convention, le contrat.
L’extorsion, c’est l’en dehors du contrat, l’en dehors de la fermaille.
Que la psychologique l’appelle perversité et la morale, le mal, ne change rien à l’affaire. Ce ne sont que des constructions culturelles qui masquent et aménagent quelque chose dont on peut considérer sous un autre angle que cela n’en relève pas, car ne se situant pas sur le même plan.
Avoir et ne pas avoir, sont les seules considérations envisageables dans cette logique qui ignore tout de l’être. Le sien et celui des autres, dans le même mouvement. Ces catégories n’étant d’ailleurs pas pertinentes.
Car il s’agit bien d’avoir gratuitement et non pas d’être. On peut AVOIR GRATUITEMENT, mais ETRE GRATUITEMENT n’a pas de sens.
Etre gratuitement pourrait avoir des connotations d’idéal existentiel et social. Cela pourrait être une contestation des modes de vie intéressée voire même justement un refus théorique de l’accumulation. Mais ce n’est pas de cela dont il s’agit…
C’est bien que l’idée n’en est pas exclu à priori, ni de manière définitive. Mais il s’agit de ne pas payer là où on pourrait l’éviter. C’est à dire de n’échanger qu’en toute dernière extrémité, et vraiment lorsqu’on ne peut pas faire autrement.
L’avarice et la rétention ne sont pas opportunistes et conjoncturelles, mais érigées en dogme.
Heureusement, les pervers commettent toujours une faute, et il suffit d’attendre. C’est à cause de leur présomption que tout leur est dû. Tout ce qu’on leur donne leur paraît normal sans qu’ils leur viennent à l’idée de rendre la pareille ou au moins d’en éprouver de la gratitude.
Cela n’est pas non plus sans rapport avec l’hubris des Anciens lorsque le narcissisme a fait perdre le contact avec le monde réel qui aurait renvoyé, si on avait gardé le contact avec lui, une image moins complaisante, permettant de rectifier au fur et à mesure, l’image de soi.
Cette présomption débouche sur le déni de l’autre qu’on ne veut pas assumer comme un concurrent avec qui, face aux ressources qui pourraient être communes, on pourrait coopérer.
L’autre est installé en position de proie car le but de la perversion, c’est d’établir l’inversion.
C’est à dire que l’événement procède de l’enfant en asservissant la mère qui n’est plus une précédance, mais un gisement à consommer dans la négation du monde extérieur.
L’inversion, c’est le triomphe du nihilisme, un état stable et probablement sans douleur.
La perversion cherche à établir cet état de refus du monde et de la vie dans le même mouvement. L’inversion établit une autarcie psychique.
Voir même en fin de compte une EVERSION qui n’est pas nécessairement une conséquence voulue. Car au delà du nihilisme, il y a le vide.
Tuer ceux qu’elle a désigné comme son ennemi, mettre fin à leurs jours, ne suffit pas à apaiser la pulsion totalitaire. Cette énergie en soi, veut faire le vide autour d’elle, et pour cela ne craint pas de commencer par le trop plein, pour capter tout ce qu’il faudra ensuite éliminer.
Ce que veut la pulsion totalitaire, ce n’est pas seulement tuer, c’est surtout abolir. Faire que ce qui est désigné comme ennemi soit comme n’ayant jamais été. Il ne s’agit pas de tuer au sens traditionnel d’achever, quoi que le terme laisse penser, mais de défaire.
Il s’agit de réenglober dans une matrice de consignation, de recommencer à gester petit à petit par un cordon ombilical unique qui nourrit et empoisonne en empêchant l’élimination des toxines.
Il faut que l’autre redevienne fœtus, se rétrecisse, se recroqueville, se dégeste - si ce verbe peut exister pour nommer ce fantasme et ce n’est pas seulement un fantasme, car il arrive que le fœtus soit dissous dans le ventre de la mère et comme volatilisé - jusqu’à redevenir une seule cellule, se defaisant à son tour.
La pulsion totalitaire est là dans l’être depuis le commencement, depuis la séparation d’avec sa mère, entendons la séparation biologique de la naissance parce que la séparation mentale elle peut n’avoir jamais lieu. Ni au passé, ni au présent, ni au futur. L’opposition absolue au « j’étais, je suis, je serai » !
La pulsion totalitaire est là depuis le commencement, et dans le meilleur des cas, elle ne s’exprime pas. Lorsqu’il faut la juguler, c’est déjà mauvais signe, car rien ne dit que cette jugulaire résiste aux poussées historiques.
On voit ainsi certains basculer peu à peu dans le vide du trop plein.
Cette propension à la totalité qu’exprime la pulsion totalitaire prend racine dans la sensation première de faire UN, ou plutôt une avec sa mère. Ce un une est de nature maternelle et ces deux vocables ne suffisent pas pour prendre en compte la totalité de la réalité. Il y faudrait non seulement un un neutre, mais aussi un un maternel.
Pauvreté de la langue que peut amender, que doit amender le constructivisme littéraire à peine de rester non seulement dans l’insastifaction, mais dans la stupéfaction et l’incompréhension.
La sensation de faire une avec la mère. Entendons là par la mère, non seulement la pourvoyeuse traditionnelle de nourriture et de soins de toutes sortes, mais tout ce qui en tient lieu. C’est à dire tout corps avec lequel le rapprochement est possible et qui joue un rôle dans la satisfaction des besoins élémentaires du nourrisson.
On peut dans ce cas, parler de matrice, au sens large, considérée là non seulement comme l’organe physiologique de la gestation, mais plus généralement comme la précédance donnant vie, au sens de la transmission de ce qui sert à vivre.
Dans cette première expérience, le nourrisson n’a aucune idée, ni de lui, ni de l’autre, puisqu’il vit sur un mode fusionnel. Cette perception physiologique est en même temps une réalité tant dans le ventre de sa génitrice biologique, que dans la gluance de la naissance, et jusqu’à la coupure du cordon ombilical. Pour ne pas dire encore un peu après.
Et le un peu après dépend des circonstances historiques, sociales, familiales et personnelles.
Il est des mères qui n’étant elles-mêmes jamais sorties du mode fusionnel - ce qui peut s’exprimer juridiquement par l’indivision - y maintiennent d’autant plus aisément leur progéniture sans avoir jamais l’idée d’une autre représentation du monde l’imago mundi.
Cette pensée sur le modèle de l’union du UN plutôt que de l’unification, sans avoir aucunement l’idée de ce que pourrait être le DEUX, un deux qui indiquerait de façon fondamentale l’idée de la séparation d’avec le un, primaire, primal et primordial et a fortiori le TROIS, commencement de la société quel que soit le nom de ce troisième terme, est le cadre de la pensée totalitaire.
Pourtant on ne peut pas qualifier de totalitaire le comportement de l’enfant. C’est que sachant bien qu’il est un enfant, on n’attend pas de lui une attitude autre, et on sait bien que c’est à l’éducation qu’il incombe d’y mettre fin.
Du moins dans les époques qui ne sont pas troublées au point d’avoir perdu jusqu’à l’idée de l’ordre, non pas comme un principe de domination, mais de gestion fondamentale de la vie quotidienne et pratique des sociétés, à peine – il faut l’expérimenter pour s’en rendre compte -de la rendre impossible par non fonctionnement matériel et technique.
L’enfant ne peut pas être considéré comme totalitaire. Il a seulement besoin d’être éduqué.
C’est à dire que la société, en la matière, les parents et toute la parentèle, les voisins, les éducateurs, les enseignants, et finalement tous les adultes, considérés comme un bloc, même avec des variantes, introduisent de gré ou de force dans leur comportement, la prise en compte d’une extériorité ou d’une réalité qui oblige pour le meilleur et pour le pire, à modifier les attitudes de la pensée.
Les attitudes et la pensée.
De gré ou de force. C’est une nécessité vitale, pour la société.
Et c’est en ce domaine là la société qui prime. Sinon la notion d’éducation elle-même n’a aucun sens.
Sans éducation c’est le retour à la nature, sauf si la nature a par ailleurs pour raisons historiques et bientôt idéologiques, cessé d’exister. Et sans éducation ni nature, qu’en est-il de la matière vivante ?
C’est cette éducation qui permet à l’enfant de s’adapter à la société et d’en devenir un membre plus ou moins fréquentable, en fonction de cette même élaboration. Quand elle fait défaut, on est dans l’associalité.
Par définition, l’associalité ne peut être acceptée… par la société.
Car que serait une société fondée sur l’associalité ? Contradiction insurmontable, les truands eux-mêmes faisant société.
Le ou la totalitaire, car ce n’est pas une question de sexe, interdit à l’autre de se différencier, de naître symboliquement. Il le consigne dans un espace fermé pour y être englobé. Cela commence par l’assignation en un lieu qui peut-être ou non ouvert, car il y a plusieurs formes de séquestration, même si elles aboutissent toutes du point de vue de la personne séquestrée à un sequestrement.
La séquestration se perçoit du point de vue du séquestrateur ou de la séquestratrice puisque ce n’est pas une question de sexe ou de genre. Mais il ou elle n’est pas seul(e) et du point de vue de la personne enfermée, sequestrée, il faudrait alors parler de séquestrement, puisqu’il ou elle le subit.
L’élargissement là de la langue élargit le point de vue, et modifiant la perspective remplace une pensée simple par une pensée complexe. Démonstration sur cette question fondamentale de l’efficacité du constructivisme littéraire.
En le ou la refoulant petit à petit, le ou la totalitaire installe ce qui devrait ou aurait dû être l’autre, dans une pensée fœtale, un rapport prénatal. C’est le résultat de la séquestration opérée par les dominants et du sequestrement subi par les dominés.
Ce processus ne s’applique pas qu’à ceux qui devraient ou auraient dû être des êtres moins régressés, mais aussi à ceux qui ont connu dans leur vie propre, des périodes dans lesquelles ils ou elles ont été ravalées, car les états mentaux, comme le reste de la matière vivante ou non, ne sont pas stables, mais animée du mouvement permanent de la chaorganisation.
Il est absurde de qualifier l’enfant de totalitaire, mais paradoxal d’appliquer cette notion à l’âge réputé adulte dans la mesure où elle trouve son origine dans la pensée fœtale et néo natale, introduisant le doute sur la notion de grande personne. Dont d’aucun assure qu’elle n’existe pas…
L’éducation est plus nécessaire que l’on croit. Il ne suffit pas que le corps grandisse pour qu’il y ait un développement acceptable par la société.
C’est qu’il ne faut pas entendre EDUCATION comme un vernis de politesse et de sociabilité, mais plutôt comme l’adhésion profonde à une construction sociale dont on doit se sentir co-responsable sinon co-gestionnaire ou encore mieux co-gérant.
Cette éducation peut se synthétiser dans cet esprit comme l’acquisition mentale de la représentation et de l’existence d’un troisième terme qui quel qu’il soit, fonde la société en rompant la dualité duo ou duel de l’enfant avec sa mère biologique ou son tenant lieu de mère.
Le troisième terme génériquement couvert par le vocable d’éducation peut, selon les grilles philosophiques, culturelles et les circonstances, s’incarner dans le père, la loi, la forme ou la constitution, cette dernière rassemblant la forme et la loi. L’esthétique et le juridique. Le poème en tant que règle, tant il est vrai, que le poème, c’est l’action.
L’adhésion à un tel agencement est obtenu par un mélange d’aspiration, de compréhension de ses intérêts, de conditionnements et de pressions qu’on peut, si on veut recouvrir le tout d’une enveloppe humaniste, globalement appeler culture, sans donner à ce terme d’autre valeur que l’économie pacifique du sang.
On peut d’ailleurs se passer de cette perspective humaniste sans que le fonctionnement de la chose en soit changée. Car sa réalité est avant tout pratique.
Ce n’est déjà pas si mal, car l’économiste ne peut que déplorer le gaspillage constitué par le meurtre et ses variantes dégradées, en blessures et injures diverses. Et au sens large.
Non seulement à cause des coûts supplémentaires que cela entraîne pour faire face à une situation de faiblesse physiologique, mais aussi par le constat de la non rentabilité des investissements préalablement engagés, entendons par là non seulement les soins physiologiques aux corps physiques - et ils pourraient être valorisés s’ils n’étaient pas produits par la main d’œuvre gratuite des mères asservies et consignées à cette tache - mais aussi ce qu’autrefois on appelait les investissements humains, lorsqu’on pensait qu’il était globalement profitable pour l’économie que la main d’œuvre soit dans le meilleur état de formation et de santé possibles.
C’était au temps où le robot n’avait pas encore remplacé l’être humain dans sa fonction de production, et avant le démantèlement de ce même être humain pour le fondre dans un ensemble plus vaste de matière humaine, décomposée et recomposée selon un autre logiciel que celui du peuplement spontané d’origine.
L’adhésion au processus que l’humanisme recouvre du vocable de culture, alors même qu’avec le recul il pourrait sans scandale être considéré comme une nécessité physiologique à condition de ne pas comprendre cette idée comme une détermination de la physique, est souhaitable.
Au moins d’un statut qui lui permette d’exister pour son propre compte, c’est à dire un statut qui ne soit pas intrinsèquement, et par principe, vassalisé.
Cette carence d’éducation laisse l’enfant âgé sans défense face à une structure psychique qui le confirme dans l’intériorité, terme qu’il faut prendre là, non au sens de vie spirituelle, voire mystique mais d’enfermement dans une pensée fusionnelle. Même si l’un n’empêche pas l’autre, l’expression extatique des saints est là pour en témoigner.
Faute d’accession à un ordre qu’il soit choisi, consenti et/ou imposé, l’enfant âgé reste dans l’organisation première du monde du cannibalisme, du racket et de la prédation, toutes formes de viol et de violence considérées au sens large, et non pas seulement dans les formes nombreuses pourtant déjà répertoriées.
La pulsion totalitaire est là à l’origine et ne demande qu’à s’exprimer dès lors qu’elle n’est ni refoulée, ni interdite avec suffisamment d’efficacité.
Le pulsion totalitaire est là dès l’origine et dans le meilleur des cas elle ne s’exprime pas au fur et à mesure que l’être qu’elle anime parvient à lui substituer un monde basé sur la trilogie, plutôt que la secondarité, qui quoi qu’en dise le terme qui aiguille sur une autre voie, est la primarité même, la primordialité plutôt que la primauté.
La pulsion totalitaire est contenue par l’acquisition de la ternarité, de la tiercité, et au delà de ces approches par la tiercialité elle-même qui structure le monde, et l’ordonnance tout autrement en réussissant à le faire échapper tout autant au chaos du multiple concentrique et fragmentaire, qu’à la dualité primaire de l’ordre qu’un dominant impose aux dominés. Par la force et la violence, la ruse et bientôt l’aliénation.
Mais qu’en est il si cette acquisition n’a pas eu lieu, ou si obtenue de façon précaire, elle n’est pas assez opérationnelle pour résister à une nouvelle réalité historique ou personnelle?
Notamment celle de l’effondrement du troisième terme, que ce soit la disparition d’une forme d’Etat et de constitution pour raisons politiques, l’effacement de l’autorité paternelle pour raisons sociologiques, la disparition d’une société toute entière pour raisons techniques et historiques, ou même simplement une mutation juridique qui imperceptiblement laisse de côté des pans entiers de la société, comme la substitution de contrats parcellaires à une loi générale et abstraite ?
On risque alors tout autant l’ultra libéralisme que le totalitarisme qui ne sont contradictoires qu’en apparence.
Le totalitarisme s’installe quand il n’y a pas ou plus exactement plus du tout de structures. Cela se produit parce que les individus isolés, désolés en raison même de l’effondrement des cadres et architectures sont au minimum inquiets, mais plus souvent angoissés voire perdus.
Ils ont alors besoin pour être rassurés que TOUS fassent la
même chose. Afin que l’idée disparaisse de l’effondrement et de
Au commencement pour l’enfant tout est proie.
Pas seulement le sein de sa mère ou tout ce qui en tient lieu, tétine, hochet, doudou, poupée, plus ou moins électronique, substitut de plus en plus distancé, mais substitut tout de même, et encore au delà, avec tout ce avec quoi, il est en relation.
Ce marasme dans lequel l’enfant, ou l’enfant abusivement prolongé pour raisons techniques et historiques, techno-historiques baigne, et qui rappelle vaguement le milieu amiotique, fait de lui et du reste du monde un magma - état primaire et primordial - dans lequel il est submergé par les besoins.
Cet état magmatique, magmateux, ce marasme primordial n’est même pas encore le désordre de la chaorganisation qui a cette aune paraît déjà bien développée.
Ces besoins, ses besoins, il n’a d’autre souci que de les ressentir et d’essayer de les satisfaire dans la mesure du possible, à coups de grognements, de plaintes, d’appels et de pleurs. Tout un salmigondis de signes qui ne sont pas encore codifiés en langage, mais le seront bientôt car ils constituent déjà un verbiage. La lallation.
Le nourrisson est simple, il ne se pose ni la question du monde, ni celle de lui-même.
Pour le nourrisson, il n’y a pas d’autre.
De cet état primordial et de ces perceptions premières, au fond de chacun et de tous quelque chose demeure et va gouverner les actes et les pensées, même si cela n’empêche pas, mais sur un autre plan, ce que d’aucuns appellent : la liberté. Encore faut-il pour pouvoir l’exercer, trouver les moyens pratiques de prendre en compte et de maîtriser cette partie de soi qui venue des expériences premières, interfère sans cesse en filigrane, avec la vie adulte.
Il vaut mieux dire avec la vie d’adulte. Et cela n’est pas du tout la même chose.
Cela est d’autant plus difficile que le lien avec la mère est dans la société lui même scotomisé. Une certaine conception de la psychanalyse peut contribuer à prendre en compte cette partie néonatale – qui quoique tamponnée demeure tout de même à l’état de trace et agit sur le quotidien - mais une certaine conception seulement.
Une autre façon d’envisager cette discipline contribue tout au contraire à l’éliminer plus drastiquement encore, sans pour autant accroître la liberté, autrement qu’apparemment.
Pour le meilleur et pour le pire, cette voracité enfantine où tout est proie, sans autre règle que la satisfaction immédiate du besoin qui n’a même pas, étant donné sa brutalité et parfois son caractère d’urgence, les moyens de s’élaborer en désir ou en manque, tant il est dans les tréfonds physiologiques une nécessité de survie de la matière vivante, cette voracité enfantine donc, se trouve normalement peu à peu soumise à un arsenal de répression qui a pour but sa socialisation.
C’est le passage de l’état de matière vivante non structurée, voire totalement informe, à l’état humain, c’est à dire humanisé, si on peut définir ainsi la matière vivante socialisée autrement que par l’instinct.
Mais dès qu’elle n’est plus réprimée par la loi, censurée par la morale, ou médiatisée par la forme, la tendance naturelle de l’enfant refait surface et l’adulte infans, incapable de parole retombe dans la posture qui consiste à prendre le monde entier comme une proie.
D’aucuns n’ont même pas à retomber dans cet état primordial, ils n’en ont jamais émergé en raison de conditions particulières, existentielles ou historiques. C’est ce que certains appellent : la perversité et qui donne une idée morale d’immoralité, là où on peut si on veut introduire ex post la morale, mais seulement ex post et en tous cas pas sans avoir déjà envisagé cet accident biologique, comme on dirait un accident industriel.
Et éventuellement dans un monde cybernétique, avec la même problématique.
L’humanité se construit. Au sens de l’humanisation. Voire même de l’humanitarisation. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le milieu chimique, technique, électrique et nucléaire ayant changé, elle ne va pas de soi.
Elle ne va plus de soi.
Le milieu ayant changé, les dangers ne sont plus les mêmes, l’adaptation reste à faire. Elle ne va pas de soi.
Tout au contraire, le totalitarisme par les moyens de violence et de force qu’il donne à la meute et à partir de là de façon à la fois fictive et réelle, à chaque élément de la meute, permet de transformer l’environnement pour le faire coller, de la manière la plus étroite possible à l’imaginaire placentaire. Il s’agit d’enfermer l’autre dans ce qui va tenir lieu de MATRICE pour lui faire jouer le rôle du placenta.
En fait, il ne convient pas de dire prendre l’autre comme une proie, car la simple coexistence de ces termes dans la même locution ne peut pas être. L’accession à l’autre en tant qu’idée, nécessite d’émerger d’abord de cet état primaire primordial, au bénéfice d’une représentation du monde imago mundi permettant de façon plus sophistiquée de se penser en même temps que l’autre et par référence à un autrui, dont on est en même temps, par réciproque, l’autre autrui.
Dans ce que d’aucuns appellent la perversité, il n’y a pas d’autre(s) parce que dans la partie de la personnalité dans laquelle elle s’enracine, le sujet ne se conçoit pas comme tel dans un rapport structuré au monde, mais baigne dans un CA/LA amiotique qui lui sert à tout, qui lui sert de tout, dans un rapport polaire dont il est le centre et prétend être le seul point de décision. Le lieu focal.
Validé par le regard de la mère, il est à l’origine du narcissisme. Sans le regard de la mère où d’un tenant lieu de mère, cette pierre angulaire pour le meilleur et pour le pire, fait défaut.
La pulsion totalitaire n’est pas nécessairement sadique.
Lorsque la parole engagée n’est pas tenu, ce n’est pas forcément pour faire ce que les moralistes appellent dans la raison morale, le mal ou nuire à une victime, ce peut n’être que parce qu’il n’y a aucune idée du temps et qu’il est impossible dans ce cas de se projeter dans le futur, dans un futur dont il n’y a aucune idée, comme il n’y en a pas d’être dans un présent et encore moins de se projeter soi-même comme actant.
Comme un actant.
Vivant dans un éternel présent, qui n’est pas un présent, mais une absence de temps, un instantané, ce que paradoxalement, mais peut être pas, la cybernétique contemporaine appelle le temps réel, il ne peut concevoir ni le passé, ni le futur.
Or la possibilité de projeter, de se projeter, d’imaginer un avenir, un soi dans le futur, un soi au futur, c’est d’inventer la position HORS, et du même coup le temps, car ce HORS se base sur la première expérience physiologique d’être HORS de la matrice maternelle et de ce qui en perdure, dans l’univers néonatal.
Entendons par là, le sens du temps subjectif.
L’absence de temps n’est pas l’éternité, mais le non temps. Il n’y a pas d’un côté le temps et de l’autre l’éternité, mais d’un côté le temps et l’éternité, et de l’autre, la fusion.
La préoccupation principale du totalitaire, est-ce de nier le temps ?
L’emprise du totalitaire, est-ce la négation du temps ? La force du totalitaire est la dénégation du temps. Le totalitaire a t il prise sur autrui parce qu’il lui fait croire que le temps s’arrête, et qu’il le croit lui même ?
Le totalitarisme, cette pulsion totalitaire qui a réussi à prendre les commandes lorsque plus rien n’est assez fort pour la juguler, s’enracine-t-il sur le désir que le Temps s’arrête ?
Car c’est dur de naître, de vieillir et de mourir. Surtout sans avoir vécu. Car c’est dur de cesser d’être et encore plus, de cesser d’être sans avoir été. Car c’est dur de quitter le Temps, sans l’avoir abordé.
Le temps de qui est-il le cantique ? demande Armand Gatti.
L’invention du temps, c’est la pensée du HORS, là où le EN est non de l’Eternité, mais du non temps, l’immémorialité ?
Le totalitarisme fait croire à la victoire définitive, à l’arrêt de l’Histoire, à l’arrestation de l’Histoire, à l’arraisonnement de l’Histoire, comme une prise. Une emprise. Une prise de guerre. Une prise de bonne guerre.
C’est de bonne guerre pense ceux ou celles sûrs de leurs bon droit.
Le totalitaire ne cherche pas à écouter la différence de l’autre, ni à la comprendre, ni à l’examiner, ni à s’en pénétrer pour le au cas où elle lui permettrait à lui ou elle, de poursuivre son propre développement.
Le totalitaire n’a d’usage dans l’autre, que de ce qui est conforme à lui-même, et ne provoque chez lui aucun mouvement. Car tout mouvement requiert de l’énergie pour la restructuration que de proche en proche, il entraîne.
Le totalitaire communique avec l’autre sur le mode de la commutativité et de l’interchangeabilité. L’ordre des opérateurs est sans importance, car dans la commutation, le résultat est le même. Il communique alors non pas au sens d’échange, mais au sens de mise en commun. Mise en connexion des circuits, des contenants, des contenus.
Le ou la totalitaire car ce n’est pas une question de sexe ni de genre est en relation avec le ou la fusionnaire qui lui ou elle, vit cette totalité, vit dans cette totalité, en cette totalité. En tous cas dans la préoccupation constante de cette totalité. Est-ce ce malentendu qui les rapproche, le ou la totalitaire rêvant de contrôler la totalité - et le ou la fusionnaire -de la faire enfin prendre en compte, puisque c’est l’univers dans lequel il ou elle vit?
Le ou la fusionnaire, car ce n’est pas une question de sexe, cherche à faire prendre en compte la fusion non seulement laissée pour compte, mais refoulée par la raison dominante séparatrice, celle qui exclut dans la pensée, celle qui exclut de la pensée le troisième terme.
La logique dominante exclut le tiers-exclu, là où les fusionnaires et les totalitaires eux le prennent en compte.
Si le noir est la couleur favorite et des fascistes et des anarchistes, est-ce parce qu’elle renvoie et pour les uns et pour les autres à l’obscurité de la matrice ? Là où Les Lumières ne pénètrent pas parce qu’elles n’ont pas de place ?
La pensée totalitaire a été nommée par certain un englobant fini.
Elle se différencie de la pensée corps en ce qu’elle est finie et cherche à clore, là où cette dernière est une pensée globalisante ouverte.
Constamment réouverte et en mouvement car la vie et la pensée sont mouvements.
La différence en est que la pensée totalitaire capte le rôle de la mère en s’y substituant et cela une fois fait arrête, et pour cause, car elle est bien incapable de le perpétuer, le mouvement de continuation, d’enfantement, et de renouvellement.
Le paradigme du lieu totalitaire, c’est l’espace confiné dans toutes ses variantes. Le lieu d’élection de la pensée corps, c’est l’espace sacré dans tous les sens et les variantes de l’idée comme représentation et symbolisation de la matrice.
Ce à quoi, les totalitaires tentent d’obliger, c’est à fusionner.
C’est à dire à faire qu’il n’y ait pas de lieu pour être en propre, pas de tente où se retirer, pas d’espace privé pour être seul avec soi-même, ou avec un ou une autre particulièrement choisi(e) pour cette élection, toutes façons d’affirmer et de confirmer, une singularité.
Les totalitaires sont ceux qui empêchent autrui de s’affirmer autre, voire et surtout, tout autre. La figure dominante, on n’oserait même pas dire la personne, ne cesse alors de mélanger l’enfant à la mère. De remélanger l’enfant à la mère, pour qu’il soit comme n’en n’ayant jamais été séparé. Pour qu’il soit finalement comme n’étant jamais né. Ou née.
Cela n’est pas sans rapport avec l’idée du sacrifice des êtres vivants, comme si on voulait revenir sur la naissance d’un être individué, cet événement.
Cet événement inouï pour la matière vivante fusionnée, la matière végétale.
Le totalitarisme ne peut se penser dans les termes de la logarchie. Car la logonomie qui en est le cadre a pour but d’inventer l’individu, même si c’est de façon un peu fictive, en refoulant la mémoire de la mère.
Or le totalitarisme n’a pas besoin de refouler la mémoire de la mère, puisqu’au contraire il la met en avant, l’exhibe et lui donne droit de cité, même si c’est d’une façon dévoyée. Quant à l’idée de l’individu, même inventé au prix de la fiction logonomique, non seulement il n’en a pas l’usage, mais il le combat.
Et pourtant le totalitarisme s’enracine dans la résurgence de ce que le logarque refoule, pour parvenir par un tour de passe passe à s’individuer. Faute de prendre en compte le magma et de lui faire une place, celui ci finit par ressurger de force et par tout recouvrir.
Le totalitarisme apparaît lorsque le refoulement logarchique ne peut plus fonctionner.
Incommodé lui-même par la disparition de la différenciation qui une fois liquidée empêche tout fonctionnement, il est obligé de la rétablir artificiellement, en fabriquant des boucs émissaires qui ont la fonction sociale et psychologique d’interface.
Dans la logarchie, les boucs émissaires, masculins ou
féminins, en tous cas les êtres-lieux permettent d’accéder, ou au moins de
rester en contact avec l’univers de
Le goût de la déglutition, ce triomphe de la pulsion de fusion, appliqué à l’Histoire qui a précédé, on le trouve triomphant dans le Christianisme et le Révisionnisme qui n’ont de cesse de réécrire ce qui les a précédé.
Dans le Christianisme, le Messie qu’ailleurs on peut rêver comme à venir, ouverture perpétuelle et permanent renouveau, est déjà venu clôturant définitivement un monde qui ne peut plus avoir d’autre destin ni au singulier ni au pluriel, que celui là.
Dans le Révisionnisme, c’est l’Histoire telle qu’elle a déjà eu lieu qui est réécrite de telle sorte que ce qui a eu lieu soit comme ne l’ayant pas eu. La langue est au courant puisqu’elle dit bien gober un bobard.
Le Révisionnisme est le bobard devenu vérité. L’inversion totalement réussie.
Christianisme et révisionnisme ont en commun le goût de la digestion et de l’assimilation. La pulsion de faire sien, de capter, d’accumuler, jusqu’à tout contrôler, comme étant sien ou sienne et qu’il n’y ait plus rien d’extérieur qui ne soit, soi.
Faire des siennes a-t-il à voir avec tout cela ?
Cela s’accompagne d’un goût de la gestion pour et par le pouvoir que cela procure, et aussi parce que la gestion est le préambule de la digestion, l’utilisation de toutes des ressources possibles.
Dans cette affaire, c’est le pouvoir qui intéresse et non l’efficacité de la gestion. La surexploitation y est facile et encore bien davantage le gaspillage allègre de ressources.
En proie à sa pulsion de dévoration, le totalitarisme qui vise comme son nom l’indique à contrôler la totalité, n’a pas pour préoccupation l’efficacité.
Il en est de différentes formes. Ne seraient ce que les Dracula et les Frankenstein…
Nécessité d’inventer le verbe négationner, car nier n’est pas suffisant pour exprimer la violence de l’attitude de ceux qui en cette matière, y ont recours.
Nier ou dénier s’applique à un événement ou à une information ponctuelle dont on veut peut-être seulement localement et épisodiquement se débarrasser, peut être pour une cause légitime et acceptable, en tous cas qu’on peut au moins élucider.
De façon différente, si ce n’est contraire, négationner renvoie à un système cohérent d’abolition.
Les deux idées ne sont pas sans rapport, et il s’agit là peut-être encore, de la mutation du passage du quantitatif au qualitatif.
Le négationnisme est l’univers mental plutôt que le monde de l’IL N’Y A PAS.
Le révisionnisme en est le stade suivant, l’idéologie de la table rase et de la destruction totale de la précédance, de la mère au sens large, comme au sens restrictif.
Abolir la mère, sa mère, a pour finalité qu’elle ne puisse
plus être considérée comme étant, car l’existence de la mère, c’est ce qui fait
que l’enfant est dans une position seconde par rapport à elle,
L’enfant est en position seconde par rapport à elle, la mère, sans pour autant encore être vraiment DEUX, de cette dualité bien différente de la simple secondarité.
Cette dualité plus élaborée que la primaire secondarité ne pourra être perçue, conçue que lorsque le troisième terme aura, en tant que tel, fondé l’existence de la société. Et ceci quel que soit le nom donné au troisième terme, le père, la loi, la constitution ou le monde, les multiples variantes de la même idée d’extériorité au duo fusionnel matro-matriciel et néonatal.
Nier la mère, au propre comme au figuré, c’est supprimer le caractère secondaire de l’enfant, sa secondarité. C’est le mettre en place d’être et de demeurer le premier et le seul.
Au sens propre, c’est abolir la différence des générations, la filiation et l’hétérogénéité de la sexualité comme le lieu de l’interrogation dialectique du même et de la différence. Au sens figuré, c’est se priver de toute histoire et de toute culture, hors celle qu’on pourrait nouvellement produire et on se demande alors dans ce cas, à partir de quoi.
Plus que le totalitarisme, c’est le TOTALNITARISME.
Plutôt que le négationnisme et le révisionnisme, ne vaudrait il pas mieux concevoir un abolitionnisme les regroupant tous les deux, si le vocable abolitionniste n’avait déjà par le passé été connecté positivement comme la proposition positive d’en finir avec l’esclavage, la peine de mort, et la prostitution. Trois versions de la dégradation de l’autre pour l’augmentation de son propre confort ?
Si abolir signifie étymologiquement ne plus sentir, et c’est le cas de l’abolitionnisme, est-ce ce qui permet de casser le lien avec ce qui dérange, le témoignage de l’existence de l’autre, celui ou celle que la rumeur publique désigne comme ce qu’On ne peut pas sentir ?
Celui ou celle avec qui pourtant, auparavant on avait quand même à voir… Mystère de la signification et de la sensualité des sens…
Abolir, c’est bien la résolution d’en finir avec l’autre. C’est caresser en soi le radical désir d’abord, puis le projet, spéculation et investissement compris, d’un changement d’ordre, sans porter de jugement sur cette pulsion commune à toutes les idées de révolution, elles mêmes en fermentation permanente dans les lieux défavorisés des espaces abandonnés ou non.
La totalnité, est-ce le projet synthétique l’abolir le monde ?
La totalnité c’est le projet d’en finir avec la réalité, la matérialité, toutes sortes de contraintes qui s’opposent à la pulsion de la toute puissance et du sans limite, fantasme sinon généré à coups sûrs confortés par les progrès des sciences et des techniques et leur conséquence économique, sinon mathématique globalisation généralisée.
Nihilisme, négationnisme et révisionnisme sont les trois degrés de cette abolition, dont la totalnisation fédère et accomplit toutes les pulsions et les démarches.
Si le nihilisme est à la philosophie ce que le négationnisme est à la politique, le révisionnisme l’est à l’Histoire et la totalnisation à la civilisation, voire à l’humanité elle même et ces deux idées sont bien voisines. Car l’hominisation et encore plus l’humanisation, c’est la civilisation même, en tous cas vu du lieu dans lequel ces concepts là s’élaborent….
Toutes les pulsions et les démarches du sans limite, sans contrainte et sans interdiction s’entremêlent dans le monde de la folie, lorsqu’il n’est plus dénommé tel parce qu’il a réussi à renverser et détruire ce qui aurait pu autrefois le contraindre, le juguler, ou au moins lui indiquer les normes permettant l’insertion sinon l’assimilation, ou au pire et en dernier recours, le détruire lorsqu’il n’y a plus d’autres solutions.
On peut appeler Révision le processus de pensée qui fait tenir pour vrai quelque chose qui ne l’est pas et qui conforté par une constance malveillance, oblige autrui à choisir entre entrer dans cette fiction ou rompre.
Ce n’est pas la même chose que le mensonge qui n’oblige pas
l’autre à croire la version en question.
Le Révision est alors le dernier degré avant la prise des commandes par la totalnisation triomphante qui n’a même plus besoin de se préoccuper d’un autrui existant lui aussi et d’une société transcendant celui qui ne l’a pas encore renversée.
Lorsque la société parvient encore à les contenir, le dérèglement culturel, social et civique qui se produit lorsque les pulsions prennent les commandes d’un être qui s’abandonne en tant qu’individu raisonnable, porte le nom bien vague de psychose, comme il en est de l’arthrose et peut-être pour les mêmes raisons, l’imperfection même du vivant.
Mais qu’en est-il des systèmes totalitaires connus historiquement qui ont érigé en lois, les pulsions elles-mêmes ? C’est ce dont parle certain cinéma, bien mieux encore que les sciences sociales, et pour cause. La grammaire est un butoir, qu’ignore l’image. Pour le meilleur et pour le pire…
Entrer dans la fiction de l’autre, et perdre de vue que c’est une fiction, c’est être instrumentalisé, réifié, aliéné.
La différence entre la révision et le mensonge est que le mensonge est un acte circonstanciel et ponctuel qui même s’il est lui aussi destiné comme la révision à leurrer la proie, ne constitue pas un système englobant la totalité du psychisme de l’individu. Même si tout cela n’a lieu que dans une semi-conscience.
A la limite, le menteur sait qu’il ment, alors que
Si le mensonge se contente d’un réaménagement de la réalité,
L’intégralité et non l’intégrité. C’est là que se mesure du même coup la puissance et de la langue et de la morale.
Et de la littérature qui en assure parfois l’interface.
Elle est le contraire de l’art, dans la mesure où celui-ci ne requiert pas pour son accomplissement, la collaboration d’autrui, se contentant de témoigner de sa subjectivité dans un monde qui entend se limiter à l’objectivité.
Il est aussi faux de réduire le monde à l’objectivité comme le fait la pensée en deux dimensions, que de le limiter à la subjectivité, fût ce une somme de subjectivités plurielles, qui si elles ne sont que subjectivités s’apparentent à des monomanies menaçantes et régressives.
La pensée dans l’espace et dans le temps est une pensée en trois termes qui s’appuie et sur l’objectivité et sur les subjectivités plurielles. Ainsi dans cet ordonnancement peut-il y avoir de la place pour tous. Pour tous et pour tout le monde. Pour l’intégralité du monde, dans son intégrité.
La révision agit dans la relation avec l’autre, et avec les autres que constitue la société, sinon il ne s’agirait que d’un simple déni.
La différence entre
La différence entre la révision et le fantasme est que chez un individu constitué dans une société ordonnée, le fantasme se sait n’être pas la réalité, mais une bouffée d’imagination au sein de cette réalité, une trouée poétique, ou une pulsion dont il est su, même si cela est parfois difficile et souvent douloureux, qu’elle doit être contrôlée, mise en forme, ou rejetée en référence à une contrainte qui s’impose réellement qu’elle soit intériorisée ou non.
La révision est le débridement de sa fiction personnelle, avec un aplomb et un culot tels qu’il devient possible de réussir à l’imposer à autrui et aux autres autruis ordonnés qui constituent une société.
C’est un déni qui parvient à ne plus apparaître comme tel, dans la mesure où il reconstruit à partir de lui même, un autre univers qui fonctionne effectivement, fût ce par la force de l’intimidation.
L’aplomb dit bien son nom, puisqu’il pèse de tout son poids.
Quant au culot il n’y a pas non plus d’illusion à se faire sur la nature et la manière du pouvoir qui sous ce nom s’exerce. Il s’agit bien de s’asseoir dessus pour pouvoir posséder, quand ce n’est pas encombrer de ses déchets. La langue populaire le dit bien. La littérature ne peut que le suggérer. C’est à la fois sa force et sa faiblesse. Mais si elle veut faire fonction d’interface, elle y est acculée.
Le bonheur d’écrire en est sa consolation.
En ce sens, il est possible d’utiliser
Tout un nouvel univers peut se développer à partir de ce
foyer de
L’expérience montre qu’il l’a fait, qu’il a, à partir de là, modifié non seulement la vie des gens, mais les individus eux mêmes. Il a initié une féroce décorporalisation.
Il a initié une fiction de décorporalisation, comme si l’humanité n’était qu’imagerie et informations. Et encore les images elles-mêmes n’étant plus considérées comme telles à savoir des représentations, mais elles même comme un ensemble d’informations.
C’est la révolution du numérique, s’imposant aux icônes obsolètes, d’être elles mêmes trop proches de la réalité, à cause de leur support matériel et de leur familiarité.
A l’heure du numérique, la simple représentation, fut ce
celle des concepts en forme d’image, est devenue rococo.
Si la végétation est le rêve de la terre, comme disait un jeune homme qui en savait bien trop sur la nature humaine, la numérisation est le rêve de la machine qui œuvre en son sein, pour muter.
La machine oeuvre au sein de la nature humaine. La machine oeuvrante.
De la nature humaine ou de l’espèce humaine ? La littérature n’a pas fini d’en débattre, la nuance est plus importante qu’il paraît. La nature humaine peut continuer sans l’espèce humaine.
C’est peut être d’ailleurs ce qu’elle est en train de faire.
La nature humaine, c’est la matière vivante à partir de laquelle on fabrique éventuellement de l’existence humaine. Ou inhumaine. Là aussi la littérature pourrait bien prendre les jambes à son cou. Déjà d’une certaine façon, elle le fait.
C’est d’ailleurs ce qu’affichent les affiches qui affichent partout des corps rendus numériquement artificiellement formés dans des formes inconnues. Formes inconnues même chez les animaux. Et surtout pas chez les animaux. Car là il faut que l’organisme fonctionne, pour lui même et pour son compte.
Dans les images inventées pour elles-mêmes ce n’est pas nécessaire.
On ne peut à leur vue que baisser les yeux ou bien s’accoutumer à cette horreur comme à une nouvelle norme, et contribuer ainsi à la laisser s’installer. Il n’est pas possible d’y consentir, sans se nier soi même.
Limite de la critique et de l’autocritique. Limite de la cause et de la mise en cause. L’émergence d’une civilisation toute autre. Sans aucun point de passage. Une toute autre civilisation à laquelle il est impossible d’accéder, car le mot mutation ne suffit pas à nommer la transformation.
Face à ce qu’affichent les affiches nécessité de s’accoutumer à l’horreur ou de baisser les yeux. Dans un cas comme dans l’autre nécessité de réaliser pour soi même et contre soi même une opération qui n’a pas de nom parce que le mot mutation est très en dessous de la réalité.
Dans un cas comme dans l’autre, c’est en perdre la vue d’un aveuglement volontaire ou d’une hallucination.
Jupiter aveugle ceux
qu’il veut perdre.
C’est le foyer de la nouvelle représentation d’une économie virtuelle, sans rapport avec une économie corporelle résiduelle laissée pour compte. Et encore le terme de représentation ne convient pas, parce qu’il s’agit justement d’autre chose.
Les icônes et les IDELONNES… Dans un monde globalisé en lequel l’humanité toute entière est enfermée, s’il n’y a plus de HORS, sur quelle iconostase, la pensée va-t-elle se projeter ? Mystère de l’intelligence, secret de la littérature, c’est elle qui annonce.
Du verbe annoncer. Envoyer.
Le numérique ne représente pas puisqu'on peut à partir des informations ainsi collectées, fabriquer n’importe quoi et jusqu’à du sans rapport avec la chose, le sujet, l’objet initial.
Ainsi est le mot là qui convient, comme dans ainsi soit-il, amen qui signifie Et c’est ainsi ! C’est à dire : « C’est ainsi qu’est la réalité ». Paradoxe abyssal lorsqu’il s’agit des fantasmagories plurielles et polaires.
Polaires au sens d’orientées par rapport à un pôle, un point
central, un poids focal. Là,
Et certaines fois, presque souvent,
Il faut observer son reflet sur les visages de ceux qui LA
regarde, fascinés, accrochés, la tétant, tétifiant
en extase, s’il faut se résoudre à inventer ce terme stupéfiant comme
Et celle là ils n’en seront plus jamais séparés… Ils tueront plutôt ceux qui tenteront cette ultime opération.
L’objectif de la propagande est d’installer la révision du monde partout et en tout, ce qui permettra au propagandiste de nider confortablement d’abord dans une nouvelle niche, puis en confortant cette première installation de la consolider dans une nouvelle implantation, plus stable, plus solide, plus ferme, et qui lui permettra, tout en gardant ses aises tout à l’en tour, de prélever les ressources dont il a besoin, évacuant enfin sans effort les déchets qui autrement, l’encombreraient.
Le mensonge, le déni et l’Art ne font pas eux de la propagande, car ils n’ont pas besoin de l’autre pour se conforter, ils existent en eux mêmes, par eux mêmes et pour eux mêmes.
Sa fonction est de modifier la perception du monde chez l’autre pour y substituer la sienne, au besoin contre toute réalité, voire même de le déconnecter de quoi que cela soit. Pour qu’elle n’ait plus de liens avec quoi que cela soit.
L’auto genèse absolue.
La propagande est la propagation du marcottage de la vigne à presser.
Face à cette oppression, et parlant de la vigne le pressoir
et la pression ne sont pas nécessairement hors de sujet, c’est encore la langue
qui protège, car on ne peut pas toujours s’esbigner
- étymologiquement s’enfuir au travers des vignes - fuyant ainsi le pressoir
oppressif, car face à
Face à
On ne peut pas entamer le système de
Le système totalitaire n’est pas dans
L’unitarisation ne doit pas être confondue avec l’unification. L’unitarisation s’efforcerait de faire l’union dans la perspective d’un projet d’action.
UNE.
Et dans ce cas là, lorsque le un est une une, et c’est souvent le cas, en raison de la prégnance et permanence de la mémoire de la mère, la formulation animiquement correcte est ne faire qu’une.
QU’UNE.
Car c’est la mémoire de la mère qui sous-tend tout cela.
Ce que
Les idélonnes, ces concepts en forme d’images, ces figures pour pouvoir se figurer ce qui se dit, pour voir ce qu’on dit, vois-tu ce que je dis, ces figurations d’idées, les formes de la pensée elle même, si on prend en compte leur formosité, et cela, cella, en hommage à la grécité.
Les idélonnes sont les figures des idées dans le monde de l’ENJECTION qui n’a pas comme celui de la projection, rompu avec la mère.
Cela n’empêche pas l’iconostase de fermer ce qui représente le paradis, la fusion avec la mère, et de pouvoir éventuellement l’ouvrir, en tous cas au moins de savoir que CELA, CELLA, est LA derrière. CA/LA est derrière. Empêchant CELLLA son ombre noire de flotter tout à l’en tour faute d’avoir d’endroit où se polariser.
Or ce n’en est pas un, car ce n’est ni un JE, ni un ON, ni même un JON, ce nouveau pronom individuel et collectif prenant en compte une individualité consciente de ne pas être complètement dégagée de la mémoire de la mère. Ce pronom s’étant déjà fait admettre avec et par le bouleversement cybernétique.
Ce pronom innominal innominé est un fatras, un salmigondis, un ensemble de besoins sur lesquels ne s’exercent aucun contrôle, ni internes, ni externes, et qui n’envisage pas d’être soumis ni à une limitation, ni même à une simple et pourtant banale insatisfaction.
Dans ce monde incréé, décréé vaudrait-il mieux dire conjoncturellement, autrui ne peut y être qu’un CA/LA qu’il s’agit de pressurer, presser, prédater comme un sein qu’on ne différencie pas de soi-même. Ce que fait l’enfant qui ne s’efforce que de survivre. Et rien d’autre.
Est-ce l’origine de la plainte famélique du Chacun voit midi à sa porte ?
Dans ce monde incréé ou plus souvent encore décréé, soi est alors la forme pronominale d’un je qui dans un monde aboli, de l’extérieur ou de l’intérieur et plus souvent encore de l’interaction des deux, ne peut ni se former, ni se maintenir.
Même si ces JE étaient subordonnées à d’autres JE hiérarchisés
Le monde de
Le mettre en quartiers, si on laisse de côté les déchets immangeables.
Obscène au sens de mauvais augure. La promesse de dévoration est un bien sinistre présage révélé par l’étymologie cette connaissance de la précédance, ce lien maternel à la mère au sens large.
S’il y a des révisionnistes, mais il n’y a pas de révolutionnistes.
C’est qu’une fois son projet achevé, le révolutionnaire n’a plus besoin de renverser, mais tout au contraire de consolider ce qu’il vient d’établir. Par contre, le révisionniste est installé dans un processus qui n’a pas de fin, parce qu’il n’a ni objet, ni projet en dehors d’un lui même établissant sans cesse des courts circuits par la mise en connexion d’ordre différents.
Il est dans une quête permanente de la proie sans la distance nécessaire à la réalisation d’une nouvelle mise en ordre. La dévoration est son seul horizon, une fin et non un moyen.
La communion en est le masque mystique et religieux.
Elle pousse l’autre au de là de ses limites pour le faire se déstructurer tout seul. Sans avoir besoin de l’énergie qu’il lui faudrait pour y procéder directement et qui en étant visible faciliterait la riposte et la protection.
D’autant plus qu’elle n’a aucune idée de la forme, et que la forme la dérange parce que c’est avant tout une prononciation, une énonciation.
La forme ne relève ni du CA, ni du LA, ses deux concepts principaux. CA qui a rapport au besoin et LA où il est possible d’en obtenir la satisfaction, voire la satisfaction négative du défaussement.
Quant aux rites et à la cérémonie, ils lui sont encore bien davantage étrangers. Des barrières supplémentaires dont il faut rapidement se débarrasser.
En matière de la totalnité, plutôt que de concepts, il serait plus juste de parler d’outils. Sans perdre de vue que de toutes façons, les concepts sont les outils de la philosophie.
CA et LA sont les deux éléments qui servent à
CA ET LA, ça et là, exprimant la méthode de l’absence de projet, de normes et de valeurs.
CA/LA, la contraction de CA ET LA est la perception aveugle de l’il y a quelque chose qui concerne soi, sans qu’on comprenne forcément quelle est l’articulation entre le CA/LA et le processus de digestion.
Le CA/LA est la pensée de la juxtaposition sans qu’il y ait place pour une articulation quelconque. C’est le lieu de l’absence de grammaire. Le lieu de la coalescence du tube digestif et de son environnement.
C’est la pensée foetale et néonatale lorsqu’elle prend le dessus, ou lorsqu’après avoir été refoulée, elle remonte à la surface en raison de la disparition des autres espaces mentaux, qui avaient réussi historiquement et/ou dans la vie du sujet à la maintenir sous le boisseau.
Le Christianisme est un révisionnisme parmi d’autres. L’idée de substitution lui est consubstancielle, comme dans la perversion qui ne cesse de procéder ainsi en substituant une idée à une autre, de façon invisible au commun des mortels.
Pour le voir faire, il faut s’y être tout particulièrement attaché. Il faut peut-être même que sa propre vie est dépendue de cette acuité intellectuelle.
La substitution est le cœur du Révisionnisme
Si le révolutionnaire a comme projet et parvient lorsqu’il aboutit, à tuer son père, à savoir l’ordre ancien, pour installer son ordre à lui dans le vide ainsi volontairement pratiqué, le révisionniste lui, abolit la mère pour qu’elle soit comme n’ayant jamais existé.
La révolution est un acte, une action. Le révisionnisme un système mental.
Le révolutionnaire est un héritier furieux, le révisionniste un gestionnaire méticuleux qui substitue pour inverser.
On ne peut s’étonner que
Cela d’autant plus confortablement qu’il n’y a pas à prendre soi même le risque et l’effort de la transgression. Toujours dangereuse, et fatales à ceux qui après l’avoir tenté, échouent à la réaliser. Dure déjà à ceux qui la réussissent.
Le révisionnisme est ce qui s’installe chaque fois que les transgressions qui mettent bas un ordre ne parviennent pas à en installer un nouveau ? C’est à dire qu’en l’absence d’un nouveau père, la mère est elle-même abolie ?
Le père tué ne pouvant être remplacé, la mère étant seule est plus facilement dévorée. C’est qu’il y a deux sexes ou pas du tout.
Soit, le troisième terme une fois disparu, qu’on l’appelle le père, la loi, la forme et/ou la constitution, le DEUX ne peut plus longtemps se maintenir et il y a alors repli sur le SECOND.
La dualité, porteuse d’altérité régresse lorsqu’elle retourne à la secondarité qui est le lieu de la mère considérée comme une proie qu’on peut, sans difficulté ni danger, dévorer.
L’obstétrique le sait bien, qui parle de la parturition et de la délivrance pour la sortie hors du corps de la mère des annexes de la gestation, le placenta et compagnie. La révision de la matrice, c’est s’assurer qu’elle est vide, que rien ne peut plus en naître, que la gestation est totalement arrêtée. Définitivement.
Au delà des sens déjà consacrés, le révisionniste pourrait être celui ou celle qui s’oppose à tous les commencements, détruit tout ce qui se forme, empêche toute croyance au sens de confiance en ce qui se forge.
C’est à dire qui s’oppose à toute nouvelle séparation. Quelle qu’en soit la forme. Car la mère gestante est la menace d’une nouvelle parturition. D’une nouvelle séparation.
Au delà des sens déjà validés par les Historiens, le révisionnisme a le sens de tout ce qui s’oppose à ce quelque chose sorte de, naisse. C’est l’expression, impression d’une haine féroce de ce qui se poursuit comme un processus de sortie de la précédance, c’est à dire ayant un lien avec une entité plus grande que soi.
Plus grande que soi au sens d’archi, d’antérieur, au dessus, en avant dans le temps et dans la succession des générations. Dans le sens du préfixe archi au sens de primordial princeps, principe, principal.
Le révisionnisme a la haine des commencements.
Enclore l’autre en lui même, en attendant de pouvoir l’enclore quelque part, pour le détruire. Enclore l’autre en lui même pour précipiter la fin de l’histoire, en s’assurant que de l’autre ne naîtra pas quelque chose qu’on ne contrôlera pas.
Le révisionnisme, c’est la haine de la mère en tant que telle. La matrophobie.
L’absence d’ancêtre supprimerait la vergogne, car la vergogne, c’est ce qui est transmis par les Ancêtres. Les précédants, les prédécesseurs.
Ce qui est transmis par les Ancêtres, et encore plus par les Mancêtres, ces ancêtres au féminin qui s’occupent au plus près des soins maternels. C’est l’esthétique. A savoir ce qu’il convient de faire, ou de ne pas faire, de sentir, de goûter ou au contraire de refuser de goûter dans tous les sens du terme, en prenant un air dégoûté.
Ce que transmettent les Ancêtres et les Mancêtres, c’est la connaissance héréditaire du mauvais goût. Il n’y a pas moyen de la transmettre autrement.
C’est la poétique à l’état pur.
La totalnité est de mauvais goût.
Jeanne Hyvrard
Mise à jour : mars 2008