Incendie de la cathédrale de Paris

Tentures de Jeanne Hyvrard (2019)

 





Taie d'oreiller carrée - de plus ou moins 65 cm - en toile de coton jours échelle

Eté 2019



Honneur et gloire aux soldats du feu dont la vaillance a sauvé le 15 Avril 2019 la cathédrale de Paris en flammes est-il maladroitement brodé sur ce qui pourrait être la bannière de ceux qui ne se résignent pas à voir pièce à pièce privatisé, démoli, consommé, tordu, instrumentalisé, dépecé, vendu, vendu surtout ce qu’ils considéraient jusque là comme leur commune propriété non au sens juridique mais comme leurs biens communs voire Leurs Communs tout court !

Non pas hérités de leurs prédécesseurs - plus ou moins fortunés - mais transmis par leurs ancêtres qu’ils soient biologiques ou culturels puisque c’est ainsi que la Nation française se signifie voire se détermine.

Et bien davantage encore en termes politiques d’adhésion à une certaine représentation du monde. Celle qui n’est pas antagoniste à ce qu’Orwell brigadiste de la Guerre d’Espagne appelait en bon français la Common Decency, ni non plus à celle religieuse ou laïque - et à un certain niveau c’est tout un - de la Morale.

Car la Nation française ce n’est pas seulement le goût de la République, la preuve : c’est la décision de Louis XV qui les a inventé qu’on a invoquée pour justifier le maintien de la gratuité de l’intervention du service des Pompiers et peu de gens savent le rôle des numéros XIII et XIV ses prédécesseurs dans l’installation des institutions qui structurent encore le pays.

La Nation française ce n’est pas seulement le goût de la République, thème central de l’exposé d’une chercheuse maniaque qu’on hésite désormais à traiter de folle dès qu’elle se mêle du gouvernement de la Cité, ni non plus celui des conversations de bistrot où des figaros de toutes sortes échangent des points de vue qui valent bien ceux des médiateurs patentés.

La Nation française ce n’est pas seulement au-delà de ce qu’on appelle la disparition de l’Ancien Régime, le goût de la République.

Non une Egalité à géométrie variable, instrumentalisée selon les besoins dans un sens ou dans l’autre pour légitimer les coups les plus tordus, non une Liberté idéologique, prétexte à tout déréguler de plus en plus vite et de plus en plus sans aucun souci des conséquences pourvu que cela augmente pour les copains toutes les occasions de faire des profits, non une Fraternité d’autant plus invoquée qu’elle est systématiquement sapée par l’installation croissante d’un impossible vivre ensemble dans le déni ou l’écrasement de l’Autre. Tout cela imposé à coups de politiquement correct soutenu par un arsenal juridique digne du Père Ubu.

Le goût de la République ce n’est pas le vivre ensemble vide de sens, mais le vivre en commun - et ce n’est pas du tout la même chose - avec des règles communes effectivement pour tous et par tous, appliquées.

Je le sais depuis toujours, c'est-à-dire depuis l’automne 1962, date mémorable à laquelle mon professeur de Droit Public Georges Burdeau tout vêtu de sa toge noire et rouge bordée d’hermine, du haut de la chaire du Grand Amphithéâtre de ce qui allait plus tard devenir la Faculté de Droit d’Assas mais n’était encore que l’annexe de celle du Panthéon et à l’époque surtout rien d’autre qu’un chantier en pleine activité, prononça cette sidérante et révolutionnaire définition répercutée de Renan : La Nation c’est un rêve d’avenir partagé.

Étudiante studieuse, je l’ai noté sur le feuillet mobile du classeur dont je me servais à ce moment là pour recueillir les connaissances de mes prédécesseurs car née pendant la Guerre, je savais bien depuis toujours à quel point j’en aurai besoin pour m’orienter dans la jungle que je découvrais tout autour de moi.

A la sortie de la Deuxième Guerre Mondiale et de la victoire sur le Nazisme, ceux qui l’ont vécue savent bien de quoi il s’agit. Ce n’était pas du jour au lendemain qu’on allait revenir à une société normalement organisée pour autant que cette expression ait un sens et les relativistes qui prétendent mettre sur le même plan les groupes ou civilisations qui pratiquent les sacrifices humains et celles qui prônent la charité universelle ne manqueront pas de critiquer cette locution qu’ils trouveront typiquement ethnocentrique !

Pourquoi pas puisque c’est l’Europe qui a non inventé l’Humanisme (Tu ne tueras pas) mais qui en a fait son principe essentiel et sa philosophie fondamentale. C’est aussi et cela revient au même, le seul continent qui ait aboli la peine de mort.

Et je ne dis rien de son rôle dans la disparition de l’esclavage, cette tare sociale généralisée dans laquelle les différences de modalités et de degrés sans tout changer, le modifient déjà beaucoup.

A l’époque nous n’entrions à l’Université que si nous savions non seulement lire et écrire mais aussi effectivement prendre des notes, parce que nous l’avions consciencieusement appris d’année en année de résumé en dissertation, d’analyse grammaticale en analyse logique, de sémantique en linguistique tout au long de notre cursus d’Études Secondaires pas du tout démocratiques mais méritocratiques, ce qui l’était bien davantage.

Un rêve d’avenir partagé me suis-je alors répété médusée mesurant bien à cette aune ce qui me séparait de l’univers de la Faculté de Droit et de Sciences Économiques au sein de laquelle je m’étais inscrite par mes propres moyens à l’issue du bras de fer au bout duquel mon paternel – à l’époque unique détenteur de l’autorité du même nom - avait fini par jeter l’éponge.

J’avais en effet refusé de rester dans la classe préparatoire au concours d’entrée à l’École Normale Supérieure de l’Enseignement Technique - aujourd’hui l’École Normale Supérieure de Paris Saclay - option Sciences Naturelles au Lycée Fénelon dans laquelle il m’avait inscrite après mon Baccalauréat Mathématiques Élémentaires au Lycée Hélène Boucher sans même m’en avertir et dont je m’étais enfuie en découvrant la mauvaise manière du procédé.

Il avait ainsi perdu une bataille mais pas la guerre qu’il finit par gagner trois ans plus tard comme j’étais déjà mariée et qu’il me laissa entendre en filigrane d’une conversation dont le sujet apparent était d’assurer mon avenir qu’il fallait que je gagne ma vie car il m’avait d’ores et déjà suffisamment entretenue, ce que je ne pouvais pas nier.

J’avais 20 ans et l’étonnante classe d’âge apparue aujourd’hui, qualifiée sans rire par les faiseurs d’opinion, de celle des Adulescents de 11 à 35 ans n’existait pas encore, je n’ai rien trouvé à redire, sa requête me paraissant parfaitement légitime.

Et d’autant plus qu’autour de moi tout le monde travaillait et gagnait sa vie. Ainsi en était-il dans les classes populaires, prolétariennes et prolétaires. Et ce n’est pas tout à fait la même chose.

J’ai donc à l’automne 1965 passé le concours d’entrée à l’ENSET section Sciences et Techniques Économiques Nouveau Régime et me suis retrouvée - après avoir commencé comme Elève-Professeur payée deux fois et demie le SMIC - pour quarante ans Professeure d’Économie dans l’Enseignement Technique. Je ne le regrette pas.

Et d’autant moins que mon milieu avait bien pris soin de m’enseigner les qualités nécessaires à ce qu’on n’appelait pas encore et pour cause l’employabilité. A savoir à prononcer à bon escient et sans parcimonie les rituelles formules de politesse du Bonjour au Merci.

Sans compter la compétence, l’honnêteté, la conscience professionnelle, l’exactitude et l’assiduité. S’y ajoutaient celles que j’avais personnellement et que personne ne m’avait jamais inculquées, à savoir en raison de mon histoire si singulière, celles de tous les prisonniers au long cours : la bravoure et l’endurance.

Et c’est grâce à cela que ma patronne l’Éducation Nationale ne s’est pas séparée de moi, ce qu’elle aurait peut être fait – eu égard à mes excès qui mettaient de temps à autre mais quand même pas tout le temps, le feu à la plaine - si je n’avais pas eu ce profil là me permettant d’assurer sans faille, les charges liées à mon emploi. Et même et surtout les devoirs.

Merci mon père et ma mère aux enseignements si complémentaires, merci mes quatre grands-parents et leurs deux chiens qui m’ont élevée Yankee le labrador noir et Fox l’épagneul breton vicariant la carence du prêt à porter en matière d’éducation pour me montrer le chemin de l’intégration humaine, à moi la révoltée réfractaire que j’étais découvrant peu à peu les horreurs du monde.

Mais ce que Monsieur Georges Burdeau n’avait pas eu besoin de m’enseigner lors de cet automne incandescent où grâce à mon entêtement j’avais réussi à prendre pied dans un enseignement enfin mixte - car ce n’était pas encore la règle à l’époque et la question me travaillait furieusement - c’était à quêter à 18 ans avec les mineurs en grève pour une augmentation de leurs salaires au Printemps 1963 et lors de laquelle ils obtinrent le soutien de la population toute entière.

A trois ou quatre, ils se tenaient debout avec leurs casques dans leurs tenues de travail à la sortie du dit amphithéâtre débouchant alors sur la rue Notre-Dame des Champs, au milieu du flot des étudiants – essentiellement des garçons bien élevés - qui par là s’écoulait vers la ville car les travaux n’étaient pas et de loin, encore terminés.

Les mineurs qui quêtaient ainsi pour leur caisse de grève avaient été réquisitionnés le 2 mars 1963 par le Chef de l’État le Général de Gaulle et en dépit de ce terrible oukase, ils n’avaient pas obtempéré car ils étaient à l’époque l’aristocratie de la Classe Ouvrière même si cette expression consacrée fait ricaner aujourd’hui ceux qui se prennent pour les authentiques successeurs des Nobles de l’Ancien Régime et songent à se partager les appartements du Château de Versailles.

C’est que la dite aristocratie de la Classe Ouvrière ne plaisantait ni avec les libertés syndicales ni avec la dignité du travail manuel. On était loin encore du discours du successeur du Général, un certain incertain Mister Macron déclarant - à peine élu - le 29 Juin 2017 Une gare est un lieu se croisent des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien.

La gare pour nous dans mon enfance, c’était surtout celle du Pont-Cardinet dans le quartier des Batignolles qui n’était pas encore celui des bobos. C’était celle qui nous permettait d’aller nous promener au Bois de Boulogne et nous obligeait à cause de la présence de Fox à monter dans le fourgon car la SNCF de l’époque ne plaisantait pas avec le règlement et veillait à l’ordre public du réseau ferré. J’admirais alors tout particulièrement le long des talus, la floraison des iris. C’est toujours aujourd’hui ma fleur préférée.

C’était aussi celle de Suresnes où nous descendions avec ma mère après avoir changé de train à Bécon-Les-Bruyères, fameux nœud ferroviaire en ce temps là lorsque nous allions visiter Tante Louise, la sœur de mon grand père. J’adorais y aller car elle abritait dans son jardin une tortue dont j’étais l’amie. On a les relations qu’on peut.

La vérité m’oblige à dire qu’en matière de gare, celle qui m’est le plus chère est tout de même à Paris celle de Lyon parce que c’est de celle là que nous partions aux Sports d’Hiver et là aussi - les deux phénomènes n’étant pas sans rapport - que mes parents se sont rencontrés aux vacances de Printemps de 1936 à la veille du Font Populaire car c’était le point de rendez vous du groupe dont ils allaient faire partie pour se rendre ensemble dans la Vallée de Chamonix. Après Paris - mon village natal - ma seconde patrie.

Mais j’aime bien aussi la gare du Nord, la plus grande gare d’Europe auprès de laquelle j’ai travaillé pendant trente ans et par où arrivaient en ce temps là venus des banlieues, nos excellents élèves que s’arrachaient les patrons puisque nous étions alors le premier Lycée Technique de Paris avant que nos autorités hiérarchiques - gouvernement en tête - nous abandonnent.

Mais surtout la gare du Nord, à cause du souvenir du rendez vous de 1964 avec mon aimé au pied du grand escalier aujourd’hui disparu en raison des contraintes de la modernisation ferroviaire comme nous partions ensemble - pas même encore fiancés - pour tailler la route. Ce que nous n’avons depuis plus d’un demi-siècle jamais cessé de faire.

Une légende urbaine raconte que constatant l’absence totale d’efficacité de son ordre de réquisition afin de faire que les mineurs cessent leur grève pour l’augmentation des salaires et qu’ils reprennent l’exploitation alors indispensable du charbon, le Général du 18 juin et du 13 mai commenta philosophe, militaire et politicien réaliste, l’évènement d’un sobre On m’a fait faire une connerie !

Sans doute ce on indéfini recouvrait-il ses conseillers qui ne connaissaient peut être pas plus le peuple français que lui. Mais au moins n’avait-il pas besoin pour mesurer l’effet de sa politique, comme les généraux romains défilant pour leur triomphe, d’être suivi d’un esclave lui susurrant à l’oreille Memento mori !

Approchant désormais - et pour cause - du soir de ma vie, je me demande combien de mes confrères et sœurs ont dans la besace de leurs souvenirs, un trésor pareil.

Et d’autant plus que j’avais à l’époque un superbe manteau vert fabriqué sur mesure par Madame Védrine, couturière Avenue Bel Air Paris 12e du côté de la Place de la Nation ouvrant vers le Cours de Vincennes derrière les pavillons de l’Octroi construits sur les plans de Nicolas Ledoux, manteau dont j’étais très heureuse et très fière.

Car je n’avais fait jusque là qu’user jusqu’au bout ceux de mes aînées. Je n’ai pas pensé un seul moment qu’il pouvait détonner au milieu des salopettes de travail des soutiers de la houille. Et d’ailleurs il ne détonnait pas !

C’est que ces Gueules Noires comme on les surnommait à l’époque refusant d’obtempérer témoignaient urbi et orbi du droit de grève arraché aux patrons comme la dernière possibilité de faire prendre en compte sa dignité d’être humain et cela sans avoir nécessairement lu Le discours de la servitude volontaire d’un certain La Boétie.

La liberté syndicale aussi comme le savait bien, mon arrière grand père Pierre Joseph Fontaine né le Premier Août 1850 à Beauvois-en-Cambrésis et décédé à l’hôpital de Saint Quentin en 1902 après avoir été envoyé à Biribi nom générique des bataillons disciplinaires où on expédiait les fortes têtes – dans son cas au Sénégal - lui comme militant syndicaliste dans l’industrie textile, lorsque la chose était encore interdite et violemment réprimée.

Depuis j’ai toujours dans la tête le bruit de la navette cognant les montants des métiers à tisser d’abord puis des machines ensuite et celui de bobines de fil qui se dévident à un rythme toujours accéléré. Ainsi tous ces textes que je ne peux m’empêcher d’écrire. Et qui dans les décombres de notre société m’encombrent tous les jours davantage.

L’histoire de la matière vivante a commencé il y a bien longtemps. La première extinction des espèces a eu lieu il y a quatre cents quarante quatre millions d’années, et la précédente à celle d’aujourd’hui - celle du crétacé - il y a soixante six millions d’années n’est pas récente non plus.

Je ne dis rien de Lucy mon australopithèque préférée, ma prédécesseuse voire mon ancêtre qui sait, de trois virgule deux millions d’années qui sautant d’un arbre a raté son atterrissage et s’est fracturé le pied.

Tous ces gens selon Mister Macron ne furent rien, car seul Sapiens vieux lui-même de seulement trois cents mille ans décorant à la va comme je te pousse les grottes Chauvet et de Lascaux avant d’en complexifier les formes, les schémas et les techniques pour bâtir entre autres des cathédrales, a réussi …

La Nation est un rêve d’avenir partagé. Qu’on nous rende alors nos biens communs ! Ceux pour lesquels on avait autrefois édictés des lois de protection qu’il est indécent de chercher toujours à contourner pour en tirer le profit maximum en les débitant en gros ou en détail.

Quand ce n’est pas en les laissant tomber en ruines pour préférer gaspiller en fêtes nocturnes de plus en plus nombreuses quoique contre-indiquées pour ceux qui doivent le lendemain se lever pour aller travailler, ou en spécial copinage voire en pots de vin, l’argent des impôts prélevés.

Et tout cela en s’exonérant désormais semble t-il de la nécessité d’en fournir à la population qui les paie les contreparties dans ce qu’on peut appeler un pacte social assurant sur un territoire donné, la paix civile et dont les deux dictionnaires grecs hérités de ma belle famille m’ont permis en les recoupant et en les confrontant de comprendre que ce pacte social, nos prédécesseurs l’avait nommé NOMOS.

Qu’on nous rende à nous tous la cathédrale de Paris qui n’est pas seulement à ses affectataires les Catholiques dont c’est le lieu des réunions religieuses car comme le disait touché au cœur par le sinistre, un fameux tribun, le jour de l’incendie : Ce n’est pas un bâtiment, c’est un membre de notre famille, nous sommes en deuil.

En deuil avec tous ceux qui le 15 Avril 2019 scrutaient les petites formes qui en haut dans la nacelle de leur robot qui puisait l’eau de la Seine toute proche, affrontaient au corps à corps le brasier, espérant de tout leur rêve partagé que les vaillants soldats du feu allaient avoir le dessus sur l’adversité. Celle qui nous touchait tous.

Passons sur le mauvais goût qu’il y a eu ensuite à décider que la cathédrale devait être reconstruite dans les cinq ans et pourquoi pas dans les six mois voire même dans les vingt quatre heures mais alors en structure gonflable puisque l’époque post moderne a inventé l’expression En temps réel pour signifier l’instantanéité. Car elle a horreur du temps et pour cause …

Passons aussi sur l’obscénité qu’il y a à ouvrir un concours dont on sait trop bien comment cela se passe pour inventer une autre flèche que celle qui s’est effondrée dans les flammes semant comme un mauvais présage la terreur dans la vénération des parigots de toutes les catégories.

Parisiens de cœur ou de naissance, d’habitat ou de travail ces autres variétés de touristes, les aborigènes, les natifs à des degrés divers, la première nation de l’Ile de France, ces Inuits locaux peuplant ce territoire autour de deux ou trois îles et de quelques ponts, sont effarés de voir au fil des jours leur ville devenir Venise en péril.

Car la menace tous les jours davantage ces monstrueux autocars dans le rôle des paquebots surdimensionnés, cette priorité donnée au tourisme de masse dont on croit, ou veut faire croire qu’il peut être une industrie productive comme c’est le songe mensonger du développement qu’on propose comme remède miracle au sous développement. Lequel est en train de s’installer dans ce qui est toujours quoi que tente de faire croire la propagande, nôtre pays.

C’est surtout que ce Viollet le Duc là, le concepteur, l’inventeur autant dire le nouvel entrepreneur de l’ancienne nouvelle start-up, initiateur au dessus de la cathédrale de Paris de sa flèche désormais écroulée, ce vieux croulant lui-même tellement désuet doit impérativement être jeté dans les oubliettes de l’Histoire comme tant d’autres qui ont fait notre culture et dont on dénature honteusement les œuvres.

Ainsi l’Opéra Garnier dont on a retiré les cloisons des loges pour augmenter le nombre des places à louer avant de l’encombrer pour faire chic de pneus dorés, aux Jardins de Le Nôtre au si joli nom, fameux architecte de ordonnancement végétal désormais parsemé de ferrailles que les gogos prennent pour de l’Art Moderne … N’est pas qui veut Zadkine ou Puech ni même le classique Rodin !

Par charité passons sur quelques autres réalisations de l’école artistique dite du caca-boudin, mantra célèbre des petits enfants qui découvrent non le pot aux roses, mais le pot tout court. Souhaitons-leur de continuer à explorer les arcanes de l’existence …

Où donc ai-je lu, est-ce un souvenir ou une citation de l’écrivain préféré de mon adolescence : Sujet : la mort, délai : une minute ? Est-ce bien comme je le crois dans la pièce de théâtre d’Albert Camus Caligula, la version bouffonne du Memento mori du défilé triomphal des empereurs victorieux ?

Qu’on nous rende nos biens communs, supports matériels de notre rêve partagé et à défaut la bannière de ce que nous sommes parce que nous l’avons été et le seront encore en dépit des mauvaises manières de notre classe dirigeante qui s’est elle-même proclamée l’Élite, terme qu’on n’avait pas entendu depuis le Nazisme et la Guerre qui s’en suivit au nom de ce que le mari de Marguerite Duras, Robert Antelme avait lui-même dénommé et pris pour titre de son chef d’œuvre : L’espèce humaine.

Il y a de quoi rire.

Il y aurait de quoi rire. Nuance que ne peuvent comprendre que ceux qui ont appris la grammaire à une époque lors de laquelle on ne confondait pas encore l’indicatif et le conditionnel comme on l’enseigne aujourd’hui aux élèves m’a-t-on dit ! Mais je ne l’ai pas cru.

Il y aurait de quoi rire SI … Si nous étions aussi cyniques que nos maîtres, mais ce n’est pas le cas.

Est-ce pour cela que la brodeuse qui non seulement ne fait pas partie de cette élite autoproclamée ce terme réapparu en 1992 (ce n’est pas un hasard car c’est aussi la date à laquelle on a commencé à considérer les opposants au Traité de Maastricht comme des délinquants) mais se revendique au contraire comme tous ses ancêtres et ses amis de tous ces gens là qui ne sont rien.

Entre autres de tous ces pompiers anonymes l’obligeant après sa première inscription baroque honneur et gloire aux soldats du feu dont la vaillance a sauvé le 15 Avril 2019 la cathédrale de Paris à faire un rajout alors qu’elle avait cru pendant plusieurs jours, l’œuvre textile enfin terminée.

Elle s’est en effet sentie obligée car il y a des devoirs moraux auxquels on ne peut pas se soustraire et celui là en a été un, d’ajouter en flammes rendant ainsi le texte ambigu, caractéristique insupportable aux simplificateurs de la langue qui veulent la transformer en codification numérique et néanmoins principe sur lequel repose la poésie.

Dont la vaillance a sauvé le 15 Avril 2019 la cathédrale de Paris en flammes est-il écrit sur la bannière. Proclamation ambiguë car qu’est ce qui brûle exactement ? ... Est-ce l’édifice religieux ou bien la ville toute entière ?

On pense bien sûr à la fameuse question Paris brûle t-il qu’Adolf Hitler adressa par téléphone à celui qui commandait pendant l’Occupation la place de Paris et venait avec lui de perdre la Guerre. Il lui avait donné l’ordre de détruire la Capitale de l’Hexagone comme pour eux deux l’issue du conflit était certaine.

Inutile d’en raconter en détail les épisodes ! Ceux pour qui ils ont un sens les connaissent déjà et les autres n’en n’ont rien à faire ni à défaire car ce qui compte pour eux c’est de se regarder dans les glaces et de s’exhiber sous leur meilleur profil, fut-il totalement mensonger.

A quoi bon leur faire remarquer que la bannière en question est dans sa réalité concrète et textile d’ancienne taie d’oreiller reconvertie dans l’art brut, un poil différente de l’image qui apparaît sur Internet pour être vue par qui la cherche ou la trouve par hasard. Et au fil du temps c’est tout un.

L’inscription en flammes a donc dans la réalité été rajoutée brodée d’un coton d’un autre rouge que celui de la phrase initiale car l’écheveau de ce coloris là était terminé et la broderie a été faite du coup avec les moyens du bord par une vieille femme de lettres de 74 ans. Pardon, d’une personne en situation d’obsolescence.

Puisant dans la boîte qui contient les cotons à broder, ceux qu’elle range dans le tiroir du haut de la commode Restauration héritée de sa belle-mère bien-aimée, elle a pris ce qu’elle y a trouvé c'est-à-dire ce qu’il y avait, du fil un ton en dessous.

Dans la réalité de ce tissu, ex voto textile des primitifs pas si primitifs que cela, bannière d’hommage et de reconnaissance, l’expression en flammes est brodée en vermillon comme le reste l’est en écarlate.

Et ce terme ne signifie pas seulement une variété de rouge au même titre que les autres nuances de cramoisi à pourpre en passant par carmin et incarnat, mais bien au-delà. Cela n’apparaît pas à l’écran, c’est qu’entre les deux entre le tissu réel et son image numérique mise en ligne, il y a juste un poil de différence.

Un poil. Celui de l’Humanité dont la Révolution Cybernétique ne parvient toujours pas en dépit de sa honteuse propagande à se débarrasser. Non pas qu’il y ait une nature humaine immuable mais il y a de la nature dans l’homme, ce n’est pas tout à fait la même chose.

La monstration sur le Web et la bannière de coton brodée par une vieille femme que la taxinomie de Mister Macron n’hésiterait pas à ranger dans le lot de ceux qui ne sont rien et qui a mis au fil de sa vie déjà longue toute son énergie vitale à le demeurer, pas même dans une gare fut elle avec Fox l’épagneul breton celle du Pont-Cardinet, celle de Lyon avec les skis en bois et à l’époque les lourdes chaussures aux pieds car l’après ski n’existait pas encore ou alors seulement pour les nababs ou celle du Nord avec le très léger bagage de ceux qui taillaient la route et ne se savaient pas encore être des réfractaires aussi bien aux embrigadements totalitaires qu’à la disparition de la langue et en fait c’est tout un, l’imagerie sur le Web et la bannière effectivement brodée ne sont pas là c’est certain une seule et même chose.

Ni moi ni les miens qui ne sont rien non plus en plein milieu du rien et c’est pour cela qu’ils le sont, ne confondons.

Mister Macron, rendez nous nos biens communs, ce bâtiment est un membre de notre famille.

Memento mori !...


Jeanne Hyvrard, 31 juillet 2019



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Mise à jour : juillet 2019